TRANSMONGOLIEN IRKOUTSK-OULAN BATOR

 

Deux nuits et un jour qui n'étaient pas très trépidants, et sur lesquels je ne m'attarderai donc pas. Heureusement, nous partagions notre cabine avec Alessandro, un jeune italien plein de vie, qui a égayé un peu les longues heures d'attente perdues en formalités administratives aux passages successifs des frontières russes et mongoles.

Nous n'avons même pas pu vraiment profiter des paysages de Mongolie puisque nous avons recommencé à rouler une fois la nuit tombée et que nous arrivions très tôt le lendemain matin (à 6H15, après un réveil tonique de la responsable de wagon à 5H00 ... je l'aurais bien tuée !) à Oulan-Bator.

 

 

OULAN-BATOR

 

Après avoir parcouru une partie de la ville à pied avec nos sacs à dos (comme d'hab quoi), nous finissons par nous installer dans une guesthouse que des français rencontrés sur l'île d'Olkhon nous avaient recommandée et qui n'est dans aucun guide. Evidemment, nous galérons pour trouver l'endroit mais, ô surprise, les gens dans la rue nous aident spontanément en nous voyant chercher sur un plan, nous disent quelques mots d'anglais et un jeune homme ira même jusqu'à appeler l'hôtel pour avoir les indications nécessaires et nous conduit jusqu'au lieu dit... Serait-ce le paradis? Ou tout simplement l'influence du bouddhisme local ?

 

Autant les gens sont charmants, autant la ville est laide. Son héritage de barres d'immeubles soviétiques délabrées, ses trottoirs éventrés, la circulation chaotique et cacophonique (les rois du klaxon sont mongols les amis !) ne l'avantagent pas. Mais les gens sont accueillants, on n'en demande pas plus. La capitale compte 1.000.000 d'habitants, soit un peu plus du tiers de la population totale du pays. Ca en fait des nouveaux amis potentiels !!

 

Une fois débarrassés de notre barda, nous filons visiter le monastère Gandan Khiid, qui est le plus grand d'Oulan-Bator. Il héberge le chef spirituel de la Mongolie, le Khamba Lama. L'édifice date du XIXe siècle et a eu la chance de survivre aux purges communistes des années 30. Il abrite aujourd'hui plus de 800 moines (qui refusent d'être pris en photo, donc vous ne les verrez pas) et dans l'édifice principal préside une statue dorée du Bouddha haute de 26,50 m (vous ne la verrez pas en photo non plus, c'est payant !). Nous ferons le tour des différents temples. Il est encore tôt et les moines sont en pleine « prière ». Les Mongols participent activement aux cérémonies et font tourner les différentes sortes de moulins à prière avec ferveur.

 

Nous flânons un moment dans l'ambiance sereine du monastère puis partons vers le centre de la ville récupérer notre billet de train Oulan-Bator – Pékin auprès de l'agence de voyage. On en profite pour visiter et localiser les musées de la ville, l'université, la place centrale. Puis, la flemme me rattrape, je m'achète à manger et me mure dans notre guesthouse, avec cuisine, salle à manger, connexion wifi, et chambre avec salle de bain s'il vous plait ! (je ne vous rappellerai pas d'où nous venons !), pendant que Ludo repart en vadrouille. De toute façon, je ne peux plus sortir, j'ai donné toutes mes fringues à laver ! J'en profite pour faire une sieste.

 

La guesthouse propose également un service d'agence de voyage. Nos neuf jours en Mongolie ne nous permettent raisonnablement pas de descendre jusqu'au désert de Gobi. On se concocte donc un tour de 7 jours, avec guide et chauffeur, dans l'ouest du pays. Le principe est de partir dans la nature, de fonctionner par étape dans des camps de yourtes de familles nomades différents chaque soir, de faire du chameau, du cheval, de la marche en fonction de nos envies... Il nous est demandé de préparer un sac assez light avec des vêtements légers et des vêtements chauds parce qu'il peut faire froid le soir et des chaussures de marche. Comme nous sommes les seuls clients dans l'immédiat à vouloir faire ce tour, nous partons tous les deux. Ca va, on se supporte encore en tête à tête. Rendez-vous pris le lendemain matin à 7H00.

 

Dans la soirée, un bel orage mettra un terme à mes activités sur le web puisque plus de connexion. Une fois la pluie calmée, nous enjambons les flaques jusqu'à un resto du quartier et rentrons nous mettre au chaud et préparer nos affaires pour le lendemain. Nous sommes très obéissants et faisons light : un pantalon et un bermuda chacun plus deux T-Shirts, nos doudounes en polaire, un coupe vent (merci ma Saucisse, je t'ai bénie !). Evidemment, pour une semaine, ça fait peu, mais bon.

 

 

L'ESPRIT NOMADE

 

Notre guide, Altaa, et notre chauffeur Moko nous récupèrent comme convenu à la guesthouse le lendemain matin. Nous quittons Oulan-Bator sous la pluie, qui nous suivra presque jusqu'à notre point d'arrivée. Selon nos accompagnateurs, c'est une chance, parce que les nomades qui nous hébergeront penseront que nous leur apportons la pluie, ce qui est une bonne chose. Cela nous console … mais partiellement seulement ! Après quelques heures de route, nous voilà à Bayan Gobi, ou semi Gobi, où une dune s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres au milieu de la steppe. Les paysages sont dingues, les étendues démesurées.

 

Nous faisons connaissance de nos hôtes. La tradition veut que quand tu arrives dans une yourte, ses habitants t'offrent quelque chose à manger et à boire, et idem quand tu viens les saluer avant de partir. Il est très impoli de refuser ce que l'on te propose. Un certain nombre de règles sont à respecter : ne pas s'arrêter sur le seuil, ne pas passer entre les deux piliers centraux de la yourte, entrer et circuler dans le sens des aiguilles d'une montre à moins que tu sois invité à t'installer ailleurs, si tu es assis par terre jambes tendues, les diriger vers la porte et pas vers quelqu'un, etc.

 

Nous arrivons en fin de matinée et avons donc droit à un petit déjeuner. Cela démarre avec un bol de thé au lait de jument. Jusque là, tout va bien même si je n'ai pas l'habitude de boire du thé et encore moins du lait. Le goût n'est pas fort, ça passe bien et ça réchauffe. Notre hôtesse, Ambra, nous fait passer une assiette avec des petits rectangles orangés et durs. C'est du fromage, réalisé à partir de carrés de yaourt séchés sur le toit de la yourte. C'est fort, mais pas mauvais. Enfin, elle plonge une grosse cuillère dans une marmite pleine de lait, dans laquelle flotte des morceaux blancs … l'inquiétude monte et nous nous voyons refaire la scène d'anthologie des Bronzés font du ski. Bêtise ! Ce n'est rien d'autre que du riz au lait ! Cool !

 

Nous sommes invités à prendre nos quartiers dans notre yourte, qui jouxte celle de la famille nomade, et rester tranquillement là jusqu'à ce qu'Altaa ait fini de préparer le déjeuner. Oui, je sais, on a mangé il y a moins d'un quart d'heure mais c'est comme ça.

 

 

Nous faisons un petit tour de reconnaissance des lieux, localisons les toilettes (c'est assez simple, c'est la seule cabane au milieu), le principe est le même que celles sur l'île d'Olkhon, avec les mouches et les odeurs en moins grâce au froid. Pour la douche, c'est pareil, tu oublies, cela n'existe pas. Mais comme un homme averti en vaut deux, nous avons un stock de lingettes … ah ah ah, on ne nous aura plus !

 

 

Les nomades sont des éleveurs de bétail. Potentiellement ils possèdent des troupeaux des 5 museaux, comme ils les appellent, c'est à dire chameaux, chèvres, moutons, chevaux, vaches. Les chameaux ne vivent que dans certaines zones du pays et sont difficiles à gérer parce qu'ils sont rapides et se font la malle, les troupeaux sont donc beaucoup moins nombreux que pour les 4 autres. Toutes les bêtes sont lâchées dans la nature toute la journée, librement, et sont regroupées le soir autour de la yourte. Ils sont parfois mis dans des enclos pour la nuit, mais pas de façon systématique. Certains bestiaux, comme les moutons et les chèvres, reviennent d'eux-mêmes au bercail, pour d'autres, comme les vaches, on attache leurs petits, ce qui fait qu'elles restent auprès d'eux. La plaine est une vraie arche de Noë (petite, d'accord, avec 5 espèces) avec des animaux partout, en liberté. Les troupeaux de chevaux ou de chameaux sont les plus beaux à voir.

 

 

En allant plus à l'ouest, le climat devient plus rude (en tout cas en hiver), et au fur et à mesure de la route, les troupeaux de vaches laissent la place aux troupeaux de yacks (qui est une vache avec de la fourrure en quelque sorte, trop mignonne, on dirait des peluches !).

 

Les hommes passent leur temps à cheval, sur des selles traditionnelles faites en bois (je n'ose pas imaginer à quel point ils ont la peau du cul tannée !), dans des tenues qui ressemblent à une robe de chambre molletonnée ceinturée par un bandeau de tissu de couleur, qui les protègent du froid. Pendant ce temps, les femmes se chargent de la traite des animaux, de préparer tous les produits dérivés du lait (yaourt, fromage, airag) ainsi que les repas de la maisonnée et l'entretien de la yourte (un peu comme chez nous, quoi !).

 

Les familles nomades vivent du commerce de la viande et du lait. Certains ont une activité parallèle de location (de chevaux, de chameaux, de yourtes) Ils peuvent déplacer leurs yourtes jusqu'à une dizaine de fois dans l'année. La raison de leur mouvement est souvent le manque de pluie, cette dernière étant la seule source d'eau pour leur bétail.

 

 

 

En fin d'après-midi, nous faisons un tour en chameau. Après les petits cris poussés lorsqu'il se lève l'arrière train en l'air, tout va bien et nous pouvons nous promener dans les dunes. Une fois sur eux, tu comprends qu'on fasse des manteaux de leurs poils … alors que tu te caillais juste avant, il suffit que tu sois monté dessus et t'être calé entre leurs bosses pour avoir chaud et te sentir bien.

 

 

 

Le soir, au moment du coucher de soleil, une partie de foot s'improvise avec une groupe d'italiens – français – anglais qui sont arrivés dans l'après-midi pour occuper l'autre yourte du campement. Les membres de la famille s'y mettent aussi. Ce sport véhicule pas mal de conneries, mais il a ça de magique qu'il est universel et qu'il efface toutes les barrières. Une fois la nuit tombée, tout le monde retourne dans sa yourte, se mettre au chaud près du poêle à bois. Altaa et Moko viennent dîner avec nous puis partent acheter quelques bières pour que nous trinquions aux 20 ans d'Altaa. Comme il n'y a aucun magasin à proximité, ils reviennent deux heures plus tard, je m'étais même déjà couchée, mais une fois revenue, la gamine ne me laissera pas le choix et me fera relever. Ludo et moi entonnons notre Joyeux anniversaire national et elle est toute contente. Ces gens ont su garder le sens des plaisirs simples. C'est chouette. Puis, extinction des feux ... enfin de la bougie.

 

 

L'AIRAG

 

Le lendemain, nous allons saluer la famille nomade avant de lever le camp. Ce coup-ci, c'est à l'airag que nous avons droit. C'est l'alcool local (en dehors de la vodka qu'ils affectionnent aussi, mais nous on en boit plus !!), fait avec du lait de jument fermenté. Celui que l'on nous sert n'est pas très fort, et en fait, le goût fait penser à quelque chose entre du caillé et du fromage, même si la consistance reste extrêmement liquide. Ce n'est pas fortement alcoolisé, mais certains arrivent à finir très souls avec tout de même. Chaque famille en a un bidon qui t'arrive à la taille plein en permanence à disposition dans la yourte. Les hommes en boivent tout au long de la journée, cela contribue sans doute à les nourrir et à les réchauffer.

 

Altaa profite de l'occasion pour apprendre un nouveau jeu à Ludovic : un jeu à boire où tu joues avec tes doigts. C'est le principe du Chifoumi sauf que là tu montres un doigt, et que chaque doigt a une valeur. Si tu perds trois fois, tu bois un bol d'airag (dans le jeu normal, c'est chaque fois que tu perds!). Ludo a la chance des débutants et c'est Altaa qui devra biberonner un bol supplémentaire !

 

 

 

PARC NATIONAL DE LA VALLEE DE L'ORKHON

 

Il fait beau et nous prenons gaiement la route. Sur notre trajet, Moko nous montre des forêts dans lesquelles il vient chasser le loup (il en tue une soixantaine par an). Nous n'aurons pas la chance d'en apercevoir, ni même un renard dont je me serai volontiers satisfaite. Tout au long de la semaine, nous verrons tout de même quelques animaux « exotiques » dont je vous parlerai en fin de récit sous une rubrique « FAUNE ».

 

Nous pénétrons dans le parc de la vallée de l'Orkhon, qui est immense et de toute beauté. Notre point de destination du jour est Waterfalls. Comme son nom l'indique, c'est un camp où il y a une cascade. Nous faisons une halte en route près d'une rivière pour déjeuner, nous partons nous balader pendant qu'Altaa est au fourneau, et on a juste l'impression d'être dans un décor de carte postale.

 

 

Nous arrivons à Waterfalls dans l'après-midi, saluons notre famille d'accueil (comme c'est l'heure du goûter, on a droit à quelques bonbons, feuilletés et bouts de fromage, impeccable) et allons ensuite jusqu'à la cascade qui est à deux pas. Le gouffre a été créé lors d'une éruption volcanique, et la descente jusqu'à la rivière est très accidentée. Je ne peux pas aller jusqu'au bout, mon sens très limité de l'équilibre et le vertige ayant raison de mon envie de faire trempette (mon homme a cru qu'il partait en voyage avec Lara Croft – pas pour les formes, les moqueurs, pour les performances physiques – et se rend compte qu'en fait il a la version féminine de Charlie Brown sur les bras !!!). Ludo et Altaa iront se glisser sous la cascade, dans un bateau pneumatique. C'est très froid et vivifiant. Je les observe tranquillement d'en haut.

 

 

Après une dernière balade sur la montagne qui fait face à notre camp, la soirée se passe tranquillement. Dès que le soleil est couché, toute velléité d'action est anéantie par la dégringolade de température ! Nous gardons nos forces pour les trois jours à venir. Altaa nous a annoncé que nous partions pour 3 jours de randonnée à cheval. Nous lui avons gentiment suggéré que nous pourrions peut-être alterner avec un peu de marche, mais elle nous a dit qu'il y avait des endroits où on ne pouvait aller qu'à cheval, et qu'à pied nous n'irons pas assez vite pour voir les huit lacs qu'elle veut nous montrer. Qu'à cela ne tienne, nous voilà partis pour 3 jours à cheval, après l'avoir prévenue que nous ne sommes pas cavaliers pour un sou. Pas de problème nous rétorque-t-elle, les chevaux sont vraiment calmes et habitués aux touristes. OK. L'autre surprise du chef est que pour arriver au 1er lac, qui sera notre premier camp, il faut traverser une montagne, qui la semaine d'avant était enneigée ! A nos doudounes !

 

 

TCHOU !!

 

Nous voilà partis, munis de notre mini sac à dos (Altaa nous avait dit que c'était le max que nous pouvions prendre, on s'est donc contenté de charger nos affaires de toilette !). Altaa ne nous a pas menti, les chevaux sont effectivement calmes, un peu trop même. Le canasson de Ludo et le mien n'avancent qu'à grands coups de talon, ou sur les ordres de leur propriétaire, criant des « tchou » (= hue) à tout va. Nous commençons par traverser la plaine pendant près de 3 heures, avant de déjeuner au pied de la montagne que nous devons franchir.

 

Nous avons du bol, la neige a fondu. En revanche, le sentier est boueux et caillouteux. Or, mon cheval n'aime pas marcher dans la boue, et préfère prendre les côtés du chemin, c'est à dire dans les arbres ! Je manque tomber plusieurs fois, gueule comme un veau, mais rien n'y fait, monsieur ne veut pas se salir les pattes !

Pour que le tableau soit complet, il se met à pleuvoir. Au départ, la forêt nous protège et ça va à peu près. Mais l'autre versant de la montagne est beaucoup moins arboré et nous prenons de la flotte à seau jusqu'à l'arrivée au campement.

Bilan de la journée : 6 heures à cheval, dont deux sous la pluie. Je n'en peux plus, suis glacée, ai les genoux qui ont triplé de volume à force du mouvement de flexion, et je ne vous parle pas du mal au c...

Comme nous avons un seul pantalon, nous nous déshabillons et nous enroulons dans nos serviettes de toilette, collés au poêle, ce qui ne suffit pas, du coup je me glisse dans

mon sac de couchage. Le tchai (thé au lait) que l'homme de la maison nous apporte nous fait un bien fou.

La pluie cesse et le temps se lève. Nous pouvons mettre le nez dehors et découvrir les lieux. Le lac s'étend au pied de la colline sur laquelle les yourtes sont installées et c'est juste superbe. Ludo part faire le tour du lac. Je suis fourbue et reste enroulée dans mon sac de couchage, à me demander comment je vais faire pour endurer ça encore deux jours complets.

Dans la soirée, Altaa nous donne le programme de la suite : parcourir les huit lacs le lendemain, camper dans la montagne, redescendre le matin du dernier jour à la rencontre du chauffeur qui nous attendra au pied de la montagne. Putain, deux jours !

Après une bonne nuit de sommeil, ça va mieux et j'appréhende tout ça avec beaucoup plus de sérénité.

Le début de notre chevauchée me conforte dans cet état d'esprit. Nous descendons sur le lac, puis traversons la vallée en galopant … le pied. Envolé le mal aux fesses et aux genoux, juste du plaisir.

Malheureusement, cela ne durera pas. Mon cheval trébuche, un étrier se barre, je perds l'équilibre, et c'est la chute. Je m'aplatis telle une m..... sur le dos et la hanche. Mon pied droit est resté bloqué dans l'étrier, mais mon cheval s'arrête tout de suite. Plus de peur que de mal, je me relève et remonte. Mais en fin de matinée, quand nous retournons au camp pour charger nos affaires pour partir faire la suite des lacs, je ne suis plus qu'une douleur (dos, hanche, fessier, genoux, même les mains à force de me cramponner à la selle !) et suis contrainte de prévenir Altaa que je ne peux pas continuer. Nous décidons alors d'un plan B, et reprenons le chemin inverse vers Waterfalls dans la foulée. Dès que nous avons passé les zones marécageuses où il est impossible de marcher, je descends du cheval et le conduirai par la bride tout le long du chemin dans la montagne. 3 heures plus tard, nous sommes rendus au pied de la montagne. Le propriétaire des chevaux part vers Waterfalls avec les 5 montures pour prévenir le chauffeur qu'il faut venir nous chercher maintenant.

Nous attendrons jusqu'à 20H30 son arrivée. En fait, la route est beaucoup plus longue et beaucoup plus mauvaise que dans notre souvenir et ramener tous les chevaux n'a pas du être chose aisée.

Quoiqu'il en soit, Moko, mon héros, est enfin là, et nous recommençons à rigoler dans la voiture, soulagés de retrouver notre yourte douillette.

 

 

APRES L'EFFORT, LE RECONFORT

 

Le lendemain, nous partons pour Hot Springs. C'est un petit groupe de campements exploitant une source chaude naturelle sous forme de bains. L'eau est sulfureuse et est réputée pour avoir des vertus bénéfiques pour la peau et les os.

 

En route, nous nous arrêtons chez des amis de Moko. Nous grimpons sur la montagne pour faire quelques photos. Les garçons de la famille nous accompagnent à cheval, nous proposant de monter, offre que nous déclinons très vivement. Ludo fait de la grimpette pour avoir vue sur les sommets enneigés environnants (alors qu'il fait très chaud là où on se trouve), pendant que les garçons essaient de m'apprendre à tresser avec 4 brins, me montrent comment ils font sécher le foin …

De retour à la yourte, après un verre d'airag, nous mangeons un plat traditionnel composé de pâtes comme des tagliatelles un peu épaisses, mélangées à des légumes et du mouton. C'est très bon.

 

Après avoir bien rigolé avec le petit garçon de la famille (5 ans), à qui sa mère faisait croire que nous allions le prendre avec nous, et qui n'était pas d'accord du tout, nous reprenons la route pour aller faire trempette dans l'eau chaude. Nous nous relaxons et laissons couler tranquillement la soirée.

 

 

KHARAKHORUM

 

Le lendemain, tout propre et la peau toute douce, nous entamons la route du retour et quittons le parc de la vallée de l'Orkhon pour nous diriger vers KHARAKHORUM. Cette ville, ancienne capitale du pays, est pratiquement désertée depuis son changement de statut. Pour dire à quel point cet esprit nomade est ancré dans la culture mongole, Oulan-Bator est la 27ème capitale de l'histoire du pays et le gouvernement planifie en ce moment même d'en changer encore une fois d'ici une dizaine d'années, l'organisation de la ville n'étant plus satisfaisante et le niveau de pollution trop élevé. Ils ont d'ores et déjà choisi l'emplacement de la nouvelle ville à bâtir, qui est à l'ouest de la capitale actuelle. Le gros de la population quittera alors Oulan-Bator, qui deviendra sans doute désuète, tout comme Kharakhorum.

 

Dans cette dernière, il reste un monastère très ancien, bâti au XIXe siècle. Une grande partie des temples a été détruite sous le régime communiste, mais ceux qui restent constituent un site touristique assez fréquenté. Nous y faisons une halte. Dès notre arrivée, nous tombons sur un guide avec un groupe de françaises, et Altaa lui demande de gentiment nous faire la traduction de ce que la guide officielle récite en mongol, ce qui agrémentera pas mal la visite. Hormis son aspect touristique, le monastère n'est quasiment plus en activité, seuls quelques lamas y font des prières la journée et rentrent chez eux le soir venu.

 

Avant de partir, nous allons faire une caresse au Rocher de la tortue, qui est à 50 m de l'enceinte du monastère. Symbole de longévité et point énergétique fort, ce petit salut multiplie tes chances de battre le record de Jeanne Calmant ! Dans le doute, on s'exécute !

 

 

CAMPING DANS LES DUNES

 

Nous reprenons la route pour revenir au point de notre premier arrêt : Bayan Gobi. Mais cette fois, nous ne dormons pas dans une yourte, il est prévu de camper au pied des dunes. Il fait un temps de rêve, et cette perspective est amusante. Sitôt arrivés, nous installons nos tentes, puis Altaa et Moko nous quittent un instant pour aller chercher de l'eau au campement le plus proche pour faire la cuisine.

 

Nous en profitons pour monter sur les dunes et faire une vidéo de l'endroit (si un jour on arrive à la mettre dans la galerie, je vous préviendrais !). Superbe ! Nous sommes seuls, avec la lune et le soleil pour compagnons. Génial. Nous nous amusons à suivre les scarabées qui marquent le sable de leurs petites pattes, nous observons les derniers chameaux qui rentrent aux campements, Ludo prend un cours de lutte (sport national avec le tir à l'arc) avec Moko puis nous passons à table, enfin … à sable (ouarf ouarf ouarf!).

C'est notre dernière soirée de périple, et Altaa fait un bilan, nous disant que nous avons vraiment été chanceux concernant les conditions climatiques (au final, à part el premier jour et la saucée quand nous étions à cheval, il a fait soleil tout le temps) et du coup l'état des routes. Que par ailleurs, ils ont trouvé de la viande à chacun de leurs arrêts alors que très régulièrement ils finissent par manger que des légumes pour cause de pénurie de mouton. Bref, pour eux, c'est le meilleur tour qu'ils aient fait depuis longtemps. Ben, on est content nous aussi d'apprendre que l'on a échappé à la neige, au vent et à des heures passées en voiture parce que changement d'itinéraire pour cause de pistes impraticables !! On leur dit toute notre gratitude pour cette fantastique semaine passée ensemble et on finit par une séance photo bras dessus bras dessous.

 

 

RETOUR CASE DEPART

 

Après une bonne nuit sous la tente, nous retrouvons la route goudronnée (il y en a très peu de kilomètres sur l'ensemble du pays, la piste est reine et si tu n'es pas du coin … bon courage !) qui nous mène à Oulan-Bator.

Nous faisons malgré tout une dernière halte typique : nous rendons visite à la soeur d'Altaa dont la yourte est à 1km de la route, très près de UB (prononcé à l'anglaise, c'est comme ça qu'ils appellent Oulan-Bator qui dans leur langue s'écrit Ulaan-Bataar). Après un verre d'airag et les politesses d'usage, nous apprenons un jeu avec des osselets (pas en fer ceux-là, des vrais de vrais !) puis passons à table (on passe pas mal de temps à manger en fait dans ce pays) avec un nouveau plat traditionnel : mouton bouilli en entrée, puis plats de pâtes fourrées au mouton (vous l'aurez noté, c'est un des ingrédients principaux des repas, avec le riz et le lait!) cuites dans du lait avec du riz. Très bon.

Non, mais, maintenant je mange du mouton, j'aime les poivrons, je peux supporter de ne pas me laver les cheveux tous les jours, je n'ai quasiment plus peur des vaches ni des chevaux … l'évolution est lente mais progressive, un jour, je serai une vraie aventurière !

 

Et puis voilà, nous retrouvons Oulan-Bator et sa circulation infernale. Nous profitons de la fin d'après-midi et du lendemain pour nous balader autour de la place Sukhbataar (où se trouve le palais du gouvernement), aller au musée d'histoire naturelle, acheter des cartes postales, aller dans une librairie française pour acheter un guide sur la Chine (j'en avais chopé un en anglais à la guesthouse, mais qui datait de 1996 et était toujours en francs !), prendre quelques photos d'une des bibliothèques de la ville et goûter aux dernières spécialités gastro du pays (foies grillés avec des oignons, succulent, assortiment de différentes pâtes fourrées au mouton bouillies ou frites, steak de cheval pour Ludo (Anouk, pardonne lui) …

 

 

FAUNE

 

En parlant de cheval, comme je l'ai mentionné plus haut, nous avons pu, tout au long de notre périple dans la nature, observer, plus ou moins bien, des animaux que nous n'avons pas l'habitude de croiser en France (transition un peu limite, je vous l'accorde).

 

Malgré notre visite au musée national d'histoire naturelle, un certain nombre d'interrogations restent en suspens. Alors, les spécialistes (Stéphane Meunier est appelé au parloir !) si vous avez des infos, on les veut bien.

 

Commençons par les moins sauvages : le chameau et le yack. Pour le premier, il n'est présent que dans trois pays dans le monde : Chine, Mongolie, Kazakhstan. Pour le second, je sais qu'il y en a qui nous attendent au Népal, mais je ne connais pas ses autres zones d'habitat.

 

Au niveau des espèces d'oiseau, nous en avons vu pas mal, mais seulement 4 ont été immortalisées : les grues japonaises, le vautour griffon, une variété de faucon (mais qui est uniquement charognard ?!?) que l'on pense avoir reconnu au musée sous l'appellation salker falcon (je n'ai pas trouvé de traduction sur le net, désolée !), et les rapaces qui sont sur la même photo que le vautour … va savoir !

 

Ceux qui nous ont accompagnés le plus longtemps, ce sont ceux que nous avions appelés chiens de prairie en Russie, et qui s'avèrent être des long tailed souslik ou encore citellus undulatus (un souslik étant une espèce d'écureuil terrestre, de la sous-famille des marmottes ... on en apprend tous les jours !). Etant donné le nombre d'étendues de prairies en Mongolie, il y en a partout, sans que l'on sache s'ils ont des prédateurs, puisque les seuls rapaces que nous voyons sont des charognards d'après notre guide... Affaire à suivre.

 

Enfin, dans le désert, nous avons vu deux bestioles qui nous étaient encore inconnues : des scarabées dont nous avons pu suivre très facilement la piste grâce aux traces laissées dans le sable et un lézard, qui après être passé de main en main, ne voulait plus nous quitter !

 

CONCLUSION

 

Ce coup-ci, j'ai fait long. J'espère que je ne vous aurai pas trop ennuyés. Rassurez-vous, c'était la dernière fois, dorénavant je ferai du condensé. Ben, oui on a plus de journées de transsibérien au programme et puis, vous aussi, vous avez plein d'autres choses à faire.

 

Mais la seule chose que j'espère est que vous aurez compris que nous avons beaucoup aimé notre séjour en Mongolie. Et c'est la chose la plus difficile à exprimer au final, quand tu aimes. Nous avons passé des moments authentiques avec des gens simples et vrais, chaleureux et amoureux de leurs pays. Tout ça dans des décors féériques. Ils nous ont transmis leur mal et nous serions volontiers restés plus longtemps, mais d'autres aventures nous attendent en Chine, alors Bayertaa (au-revoir) la Mongolie.

C'est une destination superbe, qu'il faut aller visiter. Pour les amateurs de nature, de balade, de cheval, de pêche c'est juste un paradis sur Terre. J'ai souvent pensé à ma nièce Lisa qui est amoureuse des chevaux … il faudra que je l'emmène un jour (pendant que moi je ferai de la marche !). Pour mon père, malgré les rivières et les truites, le convaincre me paraît plus difficile ... dommage.

 

BONUS TRACK

 

Les Mongols sont des fans invétérés de la variété locale. Ils chantent à tout va. Notre chauffeur ne faisant pas exception, nous avons eu le loisir d'écouter ses chansons préférées pendant les heures passées dans son Toyota Land Cruiser. Une d'entre elles a particulièrement marqué notre mémoire, alors pour ceux qui veulent se mettre au tempo mongol, ils n'ont qu'à ouvrir le fichier ci-dessous.

Pour la traduction, désolée, mais la seule info que j'ai est que la chanson parle de chevaux. Les thèmes principaux abordés par les singers mongols sont : les chevaux, la lutte, la mère et l'amour évidemment....

Javhlan - Chi mini baigaa hoino
javhlan.mp3
Fichier Audio MP3 4.3 MB