Au poste frontière indien, l'accueil est plutôt cordial. Nous traversons la ville (horrible) et notre chauffeur de carriole nous emmène jusqu'à un bus qui part pour Patna. Nous montons dans le bus, mais nous n'avons pas de roupies indiennes, et le gars nous demande le double du prix pour accepter les roupies népalaises, ce que nous refusons de faire. Nous descendons donc du bus et sommes récupérés par quelques jeunes indiens qui nous proposent les services de leur agence de voyage pour prendre un billet pour le prochain bus.

 

On leur explique que nous n'avons pas de roupies indiennes. Qu'à cela ne tienne, ils peuvent nous changer les quelques roupies népalaises qu'il nous reste. On se met d'accord sur le taux de change, et les voilà disparus avec nos billets. Après qu'ils soient partis, on se dit pendant un instant qu'ils ne reviendront jamais et qu'on a été bien innocents de leur laisser notre argent comme ça. Nous nous montrons patients et confiants et attendons sagement sur le banc devant l'agence de voyage. Et les mecs finissent par réapparaître, avec notre argent. En fait, la gratte qu'ils se font sur le taux leur suffit.

 

Le bus pour Patna ne partira que dans la soirée maintenant. Il faut attendre 20H30. Rien à faire dans la ville, nous déambulons dans LA rue, déjeunons dans un boui-boui. Le changement avec le Népal est assez radical : la ville est d'une saleté innommable. Où sont les couleurs flamboyantes des saris ? Ici ne sont visibles que le gris de la poussière, le noir de la boue (=poussière + urine) et de la bouse (des vaches sacrées qui errent dans les rues et bouffent faute de mieux ce qu'elles peuvent trouver dans les ordures en conséquence de quoi elles sont malades...). A quand les bonnes odeurs d'épices, ici ça respire la merde ?!? Comme si ce n'était pas suffisant, les gens nous regardent comme si on était des bêtes sauvages.

 

Ludo va se promener pendant un moment, moi je retourne à l'abri à l'agence de voyage. Il est 15H, nous avons 5H30 à tuer. Un jeune garçon qui habite à côté vient discuter avec moi. Il est curieux de tout, vif et drôle. Il est fort en maths et veut devenir ingénieur aéronautique. Du haut de ses 14 ans, il nous met en garde contre ses congénères qui selon lui ont la mauvaise habitude de se comporter comme des voleurs vis à vis des touristes et profiterons de notre méconnaissance du pays et des tarifs en vigueur pour nous soutirer plus d'argent que nécessaire !! Lui, il pense que c'est mal de faire ça. A 18H, il nous abandonne pour aller dîner en disant qu'il reviendra une heure plus tard. Il ne réapparaîtra pas. On passe le temps comme on peut : abattage massif de moustiques, série de « Qui suis-je ? », Sudoku … 20H30 arrivent enfin. C'est parti pour 8H de route.

 

Le voyage est moyennement confortable. Moi, je parviens à dormir à peu près correctement jusqu'à 3H45, heure à laquelle Ludo me réveille pensant que nous sommes arrivés. En fait, il ne s'agit que d'un arrêt. Ludo, lui, n'a pas fermé l'oeil ou presque puisque son siège ne s'incline pas, qu'une vitre du côté droit du bus est cassée et qu'il fait froid, que la télé est à fond.

 

Nous arrivons à Patna à 4H15. Il fait nuit, mais nous n'avons aucun mal à trouver un mini taxi pour nous conduire à la gare ferroviaire, où nous espérons choper un train pour Delhi le plus rapidement possible.

N'ayant pas assez d'argent liquide (seul moyen de paiement accepté) pour payer le train, nous nous mettons donc en quête d'un distributeur. Nous traversons la gare où moult personnes dorment pour nous rendre dans la rue opposée où il y a plusieurs ATM. Mais aucun ne fonctionne. Certains sont HS, d'autres ne sont pas compatibles avec notre carte Visa. Il y en a plein qui sont fermés (à quoi bon les affichages 24H/24 ?), et un dernier où un gars fait le ménage. On lui fait signe mais il nous fait des gestes pour indiquer qu'il n'est pas encore ouvert. Nous attendons un peu. Finalement, il sera fermé pour la journée ! Nous en avons assez d'entendre les annonces des trains express partir pour Delhi sans nous et finissons par prendre un taxi jusqu'à un distributeur qui marche. Nous payons 100 roupies pour faire quelques centaines de mètres, mais ça y est, nous sommes riches à nouveau !

 

Nous pouvons donc attaquer les files aux comptoirs. Le gars qui est derrière nous dans la queue m'indique d'aller attendre dans la file des femmes. Très bien, elle est plus courte. C'est un peu la bataille, mais j'arrive assez vite au guichet. Malheureusement, c'est pour m'entendre dire que pour les billets en classe AC, il faut attendre l'ouverture du bureau des réservations, effective à 8H. OK. On se met dans la nouvelle queue. Qui n'en est pas vraiment une. Plutôt un tas de gens qui s'agglutine devant les grilles qui barrent l'escalier menant aux différents guichets du service de réservation qui sont donc à l'étage.

 

Quand les grilles ouvrent, c'est pire qu'une foire d'empoigne, les gens se précipitent dans les escaliers, se bousculant les uns les autres. Nous laissons passer le raz de marée et montons après tout le monde. Des chaussures, qui ont échappé à leur propriétaire dans la lutte au premier arrivé, jonchent les marches de l'escalier. Une fois en haut, coup de chance : parmi les 28 guichets, il y en a un qui est réservé aux agents qualifiés et aux étrangers, le guichet 8 ! Nous attendons là. 3 agents nous précèdent. On se dit que cela va être vite fait. C'est une grave erreur. Le sketch se terminera en milieu de matinée, après avoir fait la navette entre les guichets 5,8 et 28 plusieurs HEURES d'affilée. Tout ça pour finir avec des billets de 2nde classe puisqu'il n'y a plus aucune place en 1ère pour les trois jours à venir. Ce sera donc des billets Sleepers dans le train express de 18H10. Une fois les billets émis, l'employé du guichet 28 me fait signe d'entrer dans un bureau, dont il me montre la porte. Je m'avance et là, un grand gars me salue et me demande d'aller faire une copie de nos passeports dans la rue à coté de la gare et me réclame une « application letter ». Non, mais de quoi il me parle !?! Il est près de 10H du matin, nous sommes là depuis 4H45, crades, on a faim, on a envie de pisser …. STOP ! Je dis au gars que j'abandonne, que j'ai jamais vu ça, que ça fait beaucoup trop d'heures que nous sommes là … pour éviter l'esclandre, il m'installe dans un bureau où travaille un gars sur un ordinateur et m'explique calmement ce qu'est cette putain d'application letter et me dit qu'il va se débrouiller pour les copies des passeports. Bon, c'est mieux. En fait, il faut que je rédige un courrier adressé au Chef Superviseur du Service des Réservations de la Gare Ferroviaire de Patna (non, mais véridique !), indiquant mes nom, adresse en France, numéro de passeport, numéro de visa, et mes souhaits de voyage : destination, catégorie de wagons, numéro de train, horaire. Je leur demande pourquoi c'est si compliqué d'avoir un billet de train, que même en Chine c'est beaucoup plus simple. Ils me répondent que ce n'est pas compliqué, que c'est la procédure et que ce sera la même dans toutes les gares. Où sont toutes les personnes qui nous ont affirmé que prendre le train en Inde était simple comme bonjour que je les étrangle ?!?

 

Conclusion, il est plus de 10H30 quand nous sortons de la gare, dans un état de fatigue avancé et les nerfs un tantinet en pelote. Nous ne pensons plus qu'à une chose : oublier tout ça sous une douche et faire une longue sieste avant de revenir à la gare à 17H30.

Nous entamons la tournée des hôtels. Les uns et les autres nous répondent qu'ils sont complets. Comme des gros naïfs, on se dit d'abord qu'il doit y avoir un événement particulier en ville qui a accaparé toutes les chambres. Et puis, en cherchant une nouvelle adresse après un énième refus, nous lisons dans le Lonely « certains hôtels ne reçoivent pas les étrangers à cause de la paperasserie ». Bingo ! Nous essayons une auberge de jeunesse. Le mec nous dit qu'il n'a rien de dispo, alors que des clés pendouillent sur son tableau. Je m'excite et lui demande pourquoi il y a des clés. Il ne me répond évidemment pas, et continue à nous dire qu'il n'y a pas de place. Si je me laissais aller, j'en chialerais de rage ! Ou si j'étais grande et musclée, je lui péterais la gueule ! Il y a une espèce de petite cour-jardinet devant l'auberge. Nous posons nos bagages deux secondes et allumons une clope en continuant à chercher dans le guide des hôtels à la porte desquels nous n'avons pas encore tapé. L'espèce d'ordure d'hôtelier de mes deux demande au gars de la sécurité qui est devant le portail de nous faire gicler de là ! Heureusement, ce dernier se montre un peu plus compatissant, nous lui disons que nous cherchons juste un truc dans le guide et puis qu'on débarrasse le plancher et il nous laisse tranquille.

 

Au bout de 2 heures à tourner en bourrique dans la ville, avec nos sacs à dos sur le dos (logique non ?), on s'avoue vaincu et abandonnons l'idée d'aller nous laver et dormir. Nous cherchons maintenant un bar ou un resto où nous puissions nous poser un peu, manger et attendre quelques heures avant de retourner à la gare. Ils se battent pas dans la ville : le Lonely indique 4 adresses, restos et bars confondus. Ludo en sélectionne un (c'est son job, c'est lui qui est chargé de choisir les restos). Nous y arrivons, au bord du désespoir : l'endroit est en travaux, et donc fermé ! Nous sommes proches de l'implosion. Nous sommes maudits, arrêtons là nos tentatives et retournons à la gare, qui à force de tourner dans la ville, n'est plus qu'à quelques pas.

 

Juste avant d'y arriver, nous voyons un restaurant attenant à un hôtel assez chic. Nous tentons notre chance et sommes reçus très gentiment. Ce déjeuner nous réconcilie avec la vie. Nous faisons traîner, mais à 15H il faut bien se résigner à quitter cet endroit propre et agréable pour retourner dans la crasse de la gare. Nous glandons quelques heures à l'extérieur, ce qui fait une attraction pour les passants. A 17H, nous nous approchons des panneaux d'affichage. Le train est annoncé avec 1H50 de retard … on en peut plus !

On descend malgré tout sur le quai et attendons là jusqu'à 20H. Un petit groupe d'adolescents vient nous tenir compagnie pendant un moment. Leur rêve est de partir à l'étranger et en attendant de pouvoir le réaliser, ils abordent les quelques touristes qui viennent se perdre ici. Ils vont jusqu'à nous demander des autographes !! Trop mignons. Vu que les plus sympas sont les jeunes, il y a malgré tout de l'espoir pour ce pays !

Concernant le train, je vais vous la faire courte : l'horaire initial d'arrivée était 11H45 le lendemain à Delhi. Nous atteignons la capitale à 20H. Pendant tout ce temps, nous restons sur notre couchette, avec nos copains moustiques et cafards. Pour ne penser à rien, tu essaies de dormir de façon permanente, enseveli sous tes sacs. Tu manges et tu bois le moins possible pour ne pas avoir à aller aux toilettes, qui sont à la hauteur du reste des aménagements.

Pendant le trajet, je fais la promesse de ne plus jamais me plaindre de la SNCF, quoi qu'il arrive à l'avenir. On ne se rend vraiment pas compte dans quel luxe on vit !

 

Bon, arrivée Delhi. On vérifie sur le quai que nos jambes fonctionnent encore. Ca va, on peut y aller. Pour faire simple, on a choisi un hôtel qui est juste à côté de la gare, dans le Old Delhi, mais qui a l'air d'un standing pas trop dégueulasse. En sortant de la gare, on voit effectivement l'immeuble. On a un peu de mal à trouver l'entrée, mais après avoir tourné autour de l'hôtel pendant un moment, on finit par accéder à la réception. C'est complet. En même temps, l'inverse m'aurait étonnée, je ne sais pas pourquoi.

 

Je me sens tellement sale (je crois que je n'ai jamais été aussi sale de ma vie faut dire … ma doudoune violette a changé de couleur et surtout de parfum !), je suis tellement pressée d'être dans un endroit propre et confortable que je me dis que la meilleure solution pour être sûrs de choper un hôtel où il y a de la place, c'est de laisser faire les rabatteurs. On a pas longtemps à attendre. On négocie le tarif (qui au départ est annoncé à 40 € !) pour descendre à 15 €. Ce qui est déjà trois fois plus cher que ce qu'on payait au Népal. Il faut arrêter avec la supercherie « L'Inde, c'est super bon marché !! ». Une chambre correcte ne coûte pas moins de 10 €, les tarifs des entrées dans les musées et accès aux monuments sont chers (Taj Mahal = 15 €), on te fait payer pour laisser tes chaussures, pour prendre des photos, pour te prêter une tenue adéquate même si la tienne n'a rien d'offensant pour aucun dieu … L'Inde, ce n'est pas bon marché, c'est juste une arnaque menée par 1 milliards de personnes … qu'est ce que tu veux dire ?!? Euh, espèces de voleurs !

 

Je ne sais pas si c'est l'effet Jeux du Commonwealth 2010 qui a fini de pervertir le système, mais les prix pratiqués n'ont plus rien à voir avec les prix annoncés dans le Lonely, qui a été imprimé en janvier. La roupie a également bien grimpé : elle est annoncée à 1/70 dans le guide, alors qu'elle atteint aujourd'hui 1/60. Ce qui fait plus de 16% d'augmentation …

 

Bon, enfin, on va s'installer au Su Shree Continental Guesthouse et on se la ferme. Trop contents d'avoir de l'eau … froide ! Hauts les coeurs, demain est un autre jour.

 

 

Après une bonne nuit, nous quittons l'hôtel avec l'intention d'aller prendre le petit-déjeuner dans un café recommandé par le Lonely, et aller ensuite à l'office de tourisme à la gare. Nous nous faisons aborder par un grand gars qui parle un anglais impeccable, qui nous demande d'où nous venons et ce que nous voulons faire. Il nous dit qu'il est allé en Europe à plusieurs reprises, d'où sa maîtrise de la langue de Shakespeare. Nous attendons patiemment qu'il crache sa Valda, il n'est pas venu vers nous comme ça, pour rien, il doit bien attendre quelque chose, il reste avec nous jusqu'à hauteur de sa boutique … eh ben non, rien. Cela lui fait juste plaisir de parler avec nous. Il nous dit qu'il n'y a rien de bien pour petit-déjeuner dans le coin et nous conseille d'aller directement à Connaught Place, où il y a également une agence de tourisme gouvernementale. Il nous aide à choper un tuk-tuk pour y aller, rabat le prix de 50% et nous salue en nous disant de repasser si on a le temps. Première bonne surprise que l'Inde nous offre.

 

Le taxi nous dépose, l'agence de tourisme est ouverte, tout va bien, nous pouvons aller manger un bout avant d'aller voir ce qu'ils peuvent nous proposer. Au café, trois Indiens prennent une pause et commencent à papoter avec nous (d'où est ce que vous venez, qu'est ce que vous allez visiter en Inde, etc). Ils nous recommandent également chaudement d'aller à l'agence officielle de tourisme et vont même jusqu'à nous accompagner, nous saluer chaleureusement en nous souhaitant le meilleur.

En l'espace d'une heure le capital sympathie des autochtones remonte en flèche !

 

 

LE CHAUFFEUR DE MADAME EST AVANCE

 

Nous expliquons à l'agence ce que nous avions imaginé : Corbett Tiger Reserve dans le nord avant d'aller à Agra et continuer soit par Ranthambore soit par Jaisalmer avant de revenir à Delhi. Le gars revoit nos plans en optimisant le nombre de sites vus pour le temps très limité sur place et nous nous retrouvons avec un package « Voiture avec chauffeur pour un circuit Delhi – Agra – Ranthambore – Jaïpur – Udaïpur – Pushkar – Delhi ». Evidemment, la note ne correspond pas tout à fait au budget que nous nous étions fixés, mais nous nous disons que soit on accepte de faire un extra, soit on ne va avoir le temps de quasi rien faire. On a déjà tronqué 15 jours, ce serait un peu couillon de ne pas nous offrir les meilleures conditions pour en faire un maximum pendant les deux grosses semaines qu'il nous reste. Aux 11 jours de voyage programmés, le gars ajoute une journée « gratuite » à Delhi. On signe !

Le gars de l'agence nous présente notre chauffeur, Suresh et nous partons tout de suite avec lui. La première visite concerne Jama Masjid, la plus grande mosquée d'Inde. Elle domine Old Delhi et peut accueillir jusqu'à 25 000 personnes. Elle fut érigée entre 1644 et 1658 par l'empereur Shah Jahan, celui-là même qui fit construire Taj Mahal. L'alternance de grès rouge et de marbre blanc donne un cachet certain à la bâtisse.

 

Nous continuons dans le même quartier avec le Fort rouge (Lal Qila), que nous nous contentons d'admirer de l'extérieur. Même comme ça, il donne un aperçu de la grandeur de l'ancienne cité moghole. Il date de l'apogée de cette dynastie, une époque de fastes inégalés. C'est encore une fois Shah Jahan qui est à l'origine du fort, construit entre 1638 et 1648. Les remparts, longs de 2 km, mesurent de 18 à 33 mètres en fonction des endroits de la ville.

 

Pour la pause déjeuner, nous faisons coup double : jardin du Raj Ghat, dans lequel nous savourons les Vegetable Cutlet et autres sandwichs que nous avons achetés entourés d'écureuils et de perruches, tranquillement installés sur un banc, et où nous pouvons aller nous recueillir sur le tombeau du Mahatma Gandhi une fois la panse pleine. Nous faisons durer le plaisir en nous promenant ensuite dans le jardin, qui est assez étendu.

 

Nous faisons une halte dans un magasin d'artisanat, où nous n'avons pas l'intention d'acheter quoique ce soit, mais où j'en profite pour me renseigner sur les différents niveaux de qualité et de prix des pashminas. Suresh nous dit que si on veut acheter des souvenirs, on pourra faire de bonnes affaires à Jaïpur. On attendra jusque là.

Après le Raj Ghat, le Rajpath (ah, ben, oui, il faut suivre !), qui est la voie royale qui constitue la voie d'accès à New Delhi. Il s'agit d'une longue avenue à l'extrémité de laquelle se tient la résidence officielle du président indien (Rashtrapati Bhavan) flanquée des bâtiments du Secrétariat, deux constructions en miroir surmontées de coupoles qui abritent des ministères. A l'autre bout du Rajpath, se trouve l'India Gate (la Porte de l'Inde), un arc de pierre de 42 mètres de haut, qui rend hommage aux 90 000 soldats de l'armée des Indes tombés pendant la Première Guerre Mondiale.

 

Sur le chemin du retour au bureau de l'agence, Suresh nous arrête au temple de Lakshmi Narayan. C'est un temple hindou, ouvert à toutes les castes et sur la porte duquel est indiqué « Tout le monde est bienvenu ». Il a été inauguré par Gandhi en 1938.

 

Nous faisons une halte au cyber café à côté de l'agence, récupérons les papiers des réservations d'hôtel, et nous faisons reconduire, les yeux pleins de belles images, au Su Shree par Suresh. Rendez-vous est pris pour le lendemain à 8H.

 

 

C'EST PARTI MON QUIQUI

 

Nous retrouvons Suresh à l'endroit convenu et prenons directement la route. Pour sortir de Delhi, c'est une vraie folie et nous prenons toute la mesure du talent de pilote de Suresh, qui parvient à n'écraser personne, ni accrocher aucune voiture ou moto, évite de se faire emporter par les bus et les camions alors que ça jaillit pêle-mêle d'un peu partout.

La circulation se fluidifie peu à peu et nous prenons notre rythme de croisière. Les paysages ne présentent pas d'intérêt particulier, si ce n'est quelques universités et grandes écoles qui sont sur le bord de la route, au milieu de nulle part. La raison de leur isolement est tout d'abord financière, en ville leurs grandes structures immobilières leur coûteraient les yeux de la tête, et en plus en étant loin de toutes tentations, les étudiants n'ont d'autre choix que de se concentrer sur l'enseignement qu'ils reçoivent ! Qu'est ce qu'on aurait fait, nous, à Sup de Co, sans notre Tamaris Bar et notre Cave ?!? Des économies peut-être !!!

 

 

MAUSOLEE D'AKBAR

 

Nous nous arrêtons à Sikandra, à une dizaine de km d'Agra, en toute fin de matinée et faisons une première visite : le mausolée d'Akbar. Ce fabuleux tombeau, en grès et marbre, commémore un grand empereur moghol. A l'entrée, une porte splendide donne sur l'immense cour. Elle est construite en grès rouge incrusté de motifs géométriques en marbre blanc et est flanquée à chaque angle de minarets à trois étages.

Il fait beau, le lieu est quasi désert (seuls quelques jeunes couples sont là, essayant d'échapper aux regards), quelques cerfs, biches, aigrettes et écureuils animent les jardins … l'ambiance est parfaite. En matière de nature, des nids d'abeilles accrochés au plafond de certains bâtiments, font également l'objet de nos observations.

Le lieu est paisible et assez impressionnant. Nous nous étonnons de sa faible fréquentation et imaginons que les gens se concentrent sur le Taj Mahal … tant mieux pour nous.

 

 

MERVEILLE DES MERVEILLES

 

Après le tombeau, nous repartons en voiture pour aller déjeuner (il est temps, il est près de 15H et je suis à la limite de l'inanition … on se demande bien à quoi me servent mes réserves ?!?). Mais avant de nous restaurer, Suresh nous conduit au bord de la rivière Yamuna, d'où on a un point de vue différent du Taj Mahal, et qui est en plus totalement gratuit. On s'approche de la rive par un petit chemin, un peu tendus … et voilà la merveille. Nous prenons quelques photos et admirons évidemment les différents édifices, mais nous ne nous attardons pas alors que de cet endroit nous ne l'avons que pour nous, comme pour ne pas déflorer tout à fait notre découverte et en garder sous le coude pour tout à l'heure.

Pour nous ramener les pieds sur terre, sur la rive de la Yamuna, à quelques centaines de mètres à droite du Taj Mahal, il y a des buchers de crémation en train de brûler.

Nous avalons notre déjeuner et courons vers l'entrée officielle du monument. On traverse d'abord un petit jardin, puis entrons par un grand portail dans une grande pièce qui se termine en entonnoir par une petite porte. Il fait sombre dans la pièce. La foule nous entoure. Nous détournons notre regard jusqu'à être arrivés en face de l'étroit passage et regardons enfin droit devant nous. La poitrine se comprime, le coeur s'emballe et les larmes montent aux yeux … c'est sublime ! Pureté, noblesse et sobriété sont unies dans ce chef d'oeuvre. Et la symbolique d'amour qu'il véhicule (l'empereur Shah Jahan l'aurait édifié pour recevoir le corps de sa deuxième épouse, Mumtaz Mahal, morte en mettant au monde leur 14e enfant en 1631) renforce encore l'émotion qu'il procure. Jamais un monument ne m'avait fait cette impression : une espèce de coup de foudre, une déferlante qui me chavire … je pourrais rester là pendant des heures et des heures, à le regarder, subjuguée, irradiée.

 

Et c'est ce que nous faisons. Malheureusement, la nuit nous le vole et nous nous résignons à retourner vers Suresh. Nous avons le coeur gonflé d'un sentiment de quelque chose d'accompli … c'est totalement idiot mais tellement agréable.

Je ne regrette qu'une chose : ne pas avoir pu écouter la chanson de Jonasz dédiée au Taj Mahal tout en étant sur place, mais là, c'était chialade assurée !!

 

Suresh nous accompagne à un très chouette hôtel, où nous dînons en compagnie d'un couple de Canadiens avant de mater un film à la téloch (eh, oh, c'est les vacances, on a droit !!).

 

SACRE AKBAR

Le lendemain, le chemin qui mène à Ranthambore est long et difficile. Avant de véritablement prendre la route, nous faisons un arrêt à Fatehpur Sikri, une magnifique cité fortifiée qui n'est qu'à 40 km d'Agra. Akbar, celui-là même dont on visitait le tombeau hier, vint au village de Sikri pour consulter un saint soufi qui lui prédit la naissance d'un héritier. Lorsque la prophétie se réalisa, Akbar fit construire ici sa nouvelle capitale, avec une mosquée splendide (toujours en activité) et trois palais pour ses épouses favorites, une hindoue, une musulmane et une chrétienne (voilà un homme à l'esprit ouvert !).

 

Dans la cour de la mosquée, se côtoient les tombeaux de Shaikh Salim Chishti (le soufi à l'origine de la prédiction) fait en marbre blanc et celui d'Islam Khan (le petit-fils de Shaikh Salim Chishti, qui fut gouverneur du Bengale) bâti en grès rouge. Le contraste de couleur entre les deux est du plus bel effet.

 

Le reste de la journée se passe sur la route. Rien de particulier si ce n'est un accrochage avec un tracteur qui a des barres de béton dans sa remorque. Suresh s'en approche trop, le gars change un peu de direction et crac une des barres de béton vient racler le bas de caisse et la portière avant de la voiture. Un peu de tôle froissée, oui mais ce modèle de voiture n'est plus produit et Suresh pressent une vraie galère pour la faire réparer. Comme il est fortement contrarié, on est très sage, ne réclamant même pas d'arrêt pipi. En plus, je me sens un peu comme le chat porte poisse parce que pas plus tard que la veille je lui ai posé des questions sur la figurine de Ganesh qu'il a dans la voiture, ce à quoi il m'a répondu que c'était pour lui porter chance et que jusque là ça fonctionnait …

 

Nous arrivons sans autre encombre à l'hôtel près du parc national de Ranthambore en fin de journée, et n'en sortons pas vu qu'il n'y a rien d'autre que des hôtels autour.

 

 

TIGRE Y-ES-TU ?

 

Dans la fraîcheur du matin, nous partons pour notre premier safari dans le parc Ranthambore. Un deuxième doit suivre dans l'après-midi. Une jeep vient nous chercher à l'hôtel et nous allons dans la foulée récupérer 4 autres touristes avant d'entrer dans le parc. Les safaris se font forcément en jeep puisque contrairement au Népal, les marches sont interdites. Le parc est découpé en 8 zones. Pour chaque sortie, chaque jeep se voit attribuer une zone dans laquelle elle a le droit de circuler. Les guides nous disent que la zone désignée est la meilleure pour voir les tigres. Un des passagers, qui étaient dans le parc la veille, confirme que c'est effectivement la zone qui a la meilleure réputation. Qu'à cela ne tienne, nous, on est prêt à les voir les gros chatons à rayures !

 

Le parc est un très bel endroit. Le décor est plus accidenté que dans les autres parcs que nous avons visités jusque là.

Les guides y fonctionnent à l'oreille et à la trace. L'objectif est clairement exprimé : nous sommes là pour voir un tigre, le reste n'est qu'accessoire. Nous parcourons donc les sentiers en attente de trouver des empreintes au sol ou d'être alertés par les cerfs ou/et les singes de la présence d'un des félins. C'est rapidement chose faite. Les guides entendent un signal d'alerte donné par un cerf, au loin. Le chauffeur prend cette direction. Nous nous mettons en poste et attendons. Plus de signal. Jusqu'à ce qu'à nouveau on entende une biche avertir ses congénères et ses copains les singes et hop on essaie de se rapprocher. On joue comme ça au chat et à la souris pendant une bonne partie de la matinée. On finit par se retrouver au milieu de cerfs et biches qui gueulent tout ce qu'ils savent, relayés par les singes. C'est terrible, on sait qu'il est là, à portée de vue, mais on ne le voit pas ! C'est un tantinet frustrant.

 

Tant pis, on se contentera pour cette fois des biches tachetées et des crocodiles que nous avons vus. Et puis on a une deuxième chance l'après-midi. Au poste de contrôle, les postures de langurs ayant investi une Jeep nous font marrer.

 

Nous rentrons déjeuner à l'hôtel. Le temps d'une courte sieste et nous repartons à bord d'une autre jeep et de deux nouveaux guides pour une zone différente de celle du matin. La montagne y est plus escarpée.

 

Nous y voyons davantage d'animaux, notamment des sambars que nous n'avions jamais pu approcher, des hordes de sangliers, des langurs qui prennent des poses de penseurs, assis sur le bord du chemin. Mais le guide ne souhaite pas s'attarder. Tout comme ceux du matin, lui, ce qu'il cherche, c'est un tigre ! Ce coup-ci, ce sont sur des empreintes que nous allons tomber.

 

Elles sont très clairement visibles dans la boue fraîche. Nous quadrillons le périmètre encore et encore, mais nous n'avons pas plus de chance que dans la matinée. C'est bien dommage, c'était notre dernière chance de voir un tigre du Bengale en Inde.

 

Nous rentrons penauds à l'hôtel et passons une soirée aussi peu agitée que la veille.

 

 

MANGER COMME UN SINGE > MANGER COMME UN COCHON ?

 

La prochaine étape est Jaïpur. Nous arrivons à proximité en fin de matinée et nous arrêtons avant d'entrer véritablement dans la ville au temple de Galta, surnommé « temple des singes ». Des flopées de macaques et langurs y vivent. On peut acheter des cacahuètes à l'entrée pour les nourrir et rendre ainsi hommage au dieu Hanuman qui est un singe, mais surtout gonfler le portefeuille de ceux qui en font le commerce. Avertis par Suresh que nous serons taxés si nous prenons notre appareil photo, nous les laissons dans la voiture.

 

Les bâtiments à l'entrée sont très beaux mais noirs de crasse et couverts de déchets en plus de la merde des singes et des peaux de banane et des coques de cacahuètes. Pas d'appareil photo, donc pas moyen d'immortaliser ce tas d'immondices … quel dommage ! On prend ensuite un grand escalier, au milieu duquel se trouve un bassin, dans lequel des pèlerins font leurs ablutions. On fait juste la montée, la descente, vite fait et partons de là, un peu dépités. Les vaches couchées au milieu des ordures sur le chemin qui conduit au temple finissent de nous agacer. Comment la population peut-elle aussi mal traiter ce qu'elle a de plus sacré ? L'incompréhension restera pleine et entière jusqu'à la fin de notre séjour.

A l'entrée de la ville, un joli palais « flottant » nous remet un peu de baume au cœur. Il n'est pas du tout exploité et ne sert donc à rien si ce n'est embellir le paysage. C'est étonnant que personne ne l'ait transformé en hôtel de luxe...

La vieille ville a aussi un certain charme. Les bâtisses sont faites de briques en terre cuite, ce qui vaut à Jaïpur le surnom de ville rose … ça me rappelle vaguement quelque chose.

 

Nous nous arrêtons pour un déjeuner tardif dans une gargote typiquement indienne. Nous sommes les seuls clients étrangers d'ailleurs. La nourriture, même si elle est simple, y est bonne, le service rapide et la note légère. Juste ce qu'il nous faut.

Après ça, Suresh nous amène faire du shopping dans une grande boutique où j'achète quelques pashminas et un tissu imprimé pour ma mère … Noël approche !

 

Nous rentrons ensuite à l'hôtel parce que nous avons dit à Suresh que nous aimerions aller chez le coiffeur (la dernière fois était en Chine, ce n'est plus possible !). Nous posons nos affaires. L'hôtel est très chouette, avec un terrasse sur le toit des plus agréables. Mais bon, pas le temps d'y prendre l'apéro, il faut aller se faire couper les douilles.

 

Suresh nous conduit dans un salon pour dames. La coiffeuse refuse dans un premier temps de couper les cheveux à Ludo. Mais son mari arrive (un sikh très avenant) et nous dit que bien sûr elle peut faire les coupes hommes aussi. Nous négocions le prix mais il ne descendra pas en dessous de 300 roupies, soit +/- 5€, soit 5 fois plus qu'à Shanghai. Quand je vous dis que l'Inde, c'est cher !! L'équipement laisse un peu à désirer et c'est au ciseau qu'elle va nous travailler. On sent bien que les demandes habituelles sont des égalisation ou des brushings, mais on a pas le choix, Suresh me dit que si je vais me faire tailler les cheveux chez un des coiffeurs du bazar, les gens dans la rue vont se moquer de moi. On se laisse donc faire sans rien dire. Nous sortons avec des têtes un peu bizarres, mais avec les cheveux courts … l'objectif est donc rempli.

 

Le soir, nous dînons sur la terrasse de l'hôtel et restons tranquilles.

 

 

JOURNEE CHARGEE EN VISITES

 

Nous démarrons tôt la journée avec la citadelle dorée d'Amber, qui est à une dizaine de kilomètres de Jaïpur. Elle était autrefois la capitale de l'état. C'est un exemple magnifique d'architecture rajput dans toute sa splendeur artistique et défensive. Les collines qui l'entourent sont hérissées de remparts. La construction du fort a été entreprise à la fin du XVIe siècle par le maharaja Man Singh, commandant de l'armée d'Akbar (toujours lui). On rejoint la forteresse à pied par un chemin qui serpente à flanc de colline, nous croisons d'autres touristes qui ont choisi de le faire à dos d'éléphant.

 

A l'intérieur du fort, un ensemble de bâtiments nous attend : temple, salle des audiences, appartements du maharaja, quartier des femmes. Le tout est immense. Les travaux de marqueterie et les bas reliefs de marbre stylisés sont remarquables.

Comme nous n'avons pas assez grimpé, nous poussons notre route jusqu'au fort de Jaigarh, qui domine Amber. Il est plus récent que la citadelle puisque construit au XVIIIe. Arrivés au bout du chemin sinueux de 1 km, la forteresse offre un panorama superbe. Nous nous contenterons de la vue, l'entrée est payante et le site de moindre qualité qu'Amber.

 

Sur la route du retour vers la ville, Suresh nous fait visiter un temple, qui ne figure pas dans le guide, Gatore Ki Chhatriyan. Du fait de son absence dans le Lonely, il est quasiment désert et nous pouvons déambuler tranquillement dans cet espace de marbre blanc absolument superbe. Les sculptures sur les piliers et les plafonds sont de toute beauté.

 

Nous retournons déjeuner au même restaurant que la veille. Un groupe d'écolières arrive peu de temps après nous. Il n'y a plus assez de place pour tout le monde, et nous accueillons à notre table 3 jeunes filles, qui nous font face. Elles sont sages comme des images pendant tout le repas, et ce n'est qu'à la fin qu'elles osent nous adresser la parole en s'essayant à quelques mots d'anglais. En partant, elles nous saluent très formellement d'une poignée de main. Dans leur uniforme, elles sont trop mignonnes.

 

Sitôt repus, nous reprenons le cours de nos visites. Jantar Mantar est le prochain sur la liste. Il s'agit d'un observatoire qui date du XVIIIe. Toute une série d'instruments de mesure du temps, de calcul des éclipses et de la progression de l'astre du jour à travers le zodiaque ainsi que des cadrans solaires y sont présentés. Je dois avouer que je n'y comprends rien du tout et me mets rapidement à l'ombre en laissant Ludo faire le tour du propriétaire.

 

Voisin du Jantar Mantar, le City Palace. Cet impressionnant palais occupe une vaste étendue où alternent cours, jardins et bâtiments. Il présente un mélange d'architectures moghole et rajasthanie. Seul élément qui nous plaira vraiment : une cour dans laquelle se trouvent quatre portes sur lesquelles sont très joliment représentées les 4 saisons.

Nous finissons la visite par une salle où sont exposés les portraits des maharajas successifs. Nous nous marrons franchement en arrivant devant le portrait de l'un d'entre eux, qui ressemble à s'y méprendre à John Lennon (ou plutôt l'inverse).

 

Notre journée de visites s'achève là-dessus. Nous ne sommes pas mécontents de rentrer à l'hôtel et de prendre un bol d'air frais sur la terrasse. Nous y dînons une nouvelle fois.

 

La journée suivante est une non-journée. Nous sommes sur la route pour Udaïpur.

Nous faisons une halte à 90 bornes avant d'arriver pour visiter à Ranakpur l'un des temples jaïns les plus vastes et les plus importants du pays. Les fidèles attendent patiemment l'ouverture du temple et nous suivons leur procession jusqu'au temple principal, le Chaumukha Mandir (temple aux quatre visages) qui est dédié à Adinath et date de 1439. Le style est radicalement différent des temples vus jusqu'alors et ferait presque penser au style khmer.

A l'arrivée, l'hôtel est idéalement situé, en bordure du lac Pichola.

Comme j'ai la crève (pour changer) et que je tousse comme une caisse, Suresh s'est arrêté acheter une bouteille de rhum pour me soigner. Nous prenons donc un apéro prolongé curatif à base de rhum et d'eau tiède. L'accompagnement de cacahuètes grillées chaudes mélangées à des petits cubes de tomates et d'oignon frais vaut le détour.

 

 

UDAIPUR LA PAISIBLE

 

Nous entamons la visite de la ville de bon matin. Nous partons à pied vers le centre ville où se trouve le City Palace. Quelle n'est pas notre surprise en découvrant un endroit propre et paisible.. En effet, les rues sont impeccables (comme quoi la crasse n'est pas une fatalité) et les gens se montrent courtois. Les commerces sont nombreux, et les vendeurs essaient évidemment d'attirer le chaland, mais une fois que tu as dit non, il n'y a aucune insistance et on te souhaite une bonne journée avec un sourire. En quelque sorte un paradis indien.

 

A une centaine de mètres avant l'entrée du City Palace, nous nous arrêtons au temple Jagdish. Ce temple indo-aryen, somptueusement sculpté, fut édifié en 1651. Il renferme une statue de pierre noire de Vishnu, sous la forme de Jagannath, le seigneur de l'Univers. A l'entrée du temple, un petit sanctuaire abrite une statue en cuivre de Garuda. Après avoir laissé nos chaussures à l'entrée (pour lesquelles on ne nous demande pas de payer … quand je vous dis que c'est le paradis !), un gars s'approche et commence à nous donner des explications sur l'histoire du temple.

 

Comme j'ai beaucoup de lacunes dans les déités hindoues malgré la lecture du Râmâyana, je décide de le laisser me faire part de sa science. Il m'apprend entre autres qu'il y a plusieurs millions de dieux dans la religion hindoue et ruine du même coup mes espoirs d'apprentissage. Je vais essayer de retenir les principaux (Brahma, Vishnu, Shiva, Durga, Hanuman, Ganesh par exemple), leur véhicule (animaux sur lesquels ils se déplacent et qui en font des animaux sacrés), leur épouse, leur fonction et les relations qu'ils entretiennent entre eux. Le temple est assez petit, mais les sculptures sont si nombreuses et si belles que l'on s'y attarde.

 

On continue avec le palais de la ville. Avec une façade longue de 244 m et haute de 30 m, c'est le plus vaste palais du Rajasthan. Orné de balcons, de tours et de coupoles, il surplombe le lac. Malgré les bâtiments édifiés par divers maharajas, il possède une certaine unité de style. Des terrasses supérieures, on découvre une belle vue sur le lac et la ville. La visite comprend les appartements du maharaja, dont les pièces sont conservées telles quelles. Les meubles et les éléments de décoration donnent un aperçu de leur style de vie, ce qui humanise le lieu et le rend plus sympathique que les palais visités jusque là. L'ensemble est immense et quand nous en finissons, il est l'heure de déjeuner.

 

L'après-midi nous faisons une balade autour du lac Pichola, en tout cas aussi loin que nous pouvons. Malheureusement, il n'y a pas de chemin qui en fasse le tour complet. On flâne autour des ghats destinés aux bains où quelques femmes font la lessive. Les langurs, entre courses poursuites et poses cocasses nous font le spectacle.

Nous reprenons la route en direction de l'hôtel en traversant le centre ville et allons nous perdre dans les rues du quartier derrière l'hôtel.

 

Nous rentrons pour reprendre le traitement antitussif à base de rhum et discutons une bonne partie de la soirée avec Suresh. Il voudrait développer un business indépendant de chauffeur et nous contribuons comme nous pouvons à son projet. Je lui rédige un e-mail en anglais pour qu'il souhaite un joyeux noël et une bonne année à tous les touristes dont il a conservé l'adresse électronique, soit 400 personnes, et qu'il glisse par la même occasion un petit mot concernant son souhait en appelant chacun à l'aide (message sur sites de voyage, alerte aux guides, recommandation auprès des connaissances … tous les moyens sont bons). D'ailleurs, vous trouverez ci-dessous les infos concernant Suresh. Si vous allez en Inde et que vous optez pour un séjour en voiture avec chauffeur, je ne saurais trop vous conseiller de prendre contact avec lui. Il pourra aussi se charger des réservations d'hôtel, etc. Ce gars connait non seulement Delhi et le Rajasthan comme sa poche, mais est originaire du nord ouest et est donc un véritable expert en ce qui concerne le Cashmere et la montagne. Si vous voulez en discuter plus avant, nous sommes à votre disposition. Suresh est vraiment un bon gars, très intéressant et sympathique, et l'attention qu'il porte aux touristes dont il a la responsabilité vont bien au-delà de ses fonctions de chauffeur.

 

COORDONNEES SURESH

Suresh KUMAR

E-mail : [email protected]

Mobile : (+91) 9818022149

Zones de voyage : Delhi, Agra, Rajasthan, Beranasi, Cashmere, Panjab, Himchal Pradesh

Le lendemain est une nouvelle journée de transport. Suresh agrémente malgré tout la route par un arrêt dans un temple (dont j'ai perdu le nom et qui n'est pas dans le guide … c'est un peu la honte !). Nous nous rendons à Pushkar pour une retraite sans alcool de 3 jours. En effet, la ville étant sacrée, aucune vente d'alcool n'y est autorisée, tout comme la consommation de viande ou d'œuf y est interdite. Les manifestations publiques d'affection sont également à proscrire. En fait, c'est plus précisément le lac de la ville qui est sacré. Brahma y aurait laissé tomber une fleur de lotus, ce qui, pour un hindou, n'est pas une mince affaire et fait de la ville un haut lieu de pèlerinage. Pushkar abrite d'ailleurs un des rares temples dédiés à Brahma.

 

Comme d'habitude, nous arrivons à l'hôtel en fin de journée. Il est un peu à l'extérieur de la ville et nous remettons donc au lendemain nos pérégrinations.

 

 

PUSHKAR … QUELLE DECEPTION

 

Non pas que nous ayons attendu quelque chose de particulier de Pushkar mais la ville n'est pas jolie, le lac petit et les ghats qui l'entourent transformés en source de revenus (si tu veux t'approcher, tu payes !), les rues clafies de commerces pour les touristes... pas la panacée. Deux jours complets dans la ville nous paraissent déjà longs !

 

Bon, on est là donc autant en profiter. La ville n'étant pas très grande (15 000 habitants), nous pouvons en faire le tour à pied. Pas une rue ne sera épargnée. Nous allons et revenons dans les différents quartiers. Pas grand chose à visiter si ce n'est le lac sacré et les ghats qui l'entourent et le fameux temple de Brahma qui même s'il est rare ne présente pas d'intérêt, étant architecturalement tout à fait ordinaire. La légende dit que Brahma voulait pratiquer un yagna (automortification) près du lac. Son épouse, Savitri, ne l'ayant pas accompagné, il épousa une autre femme. Savitri, contrariée, fit le vœu que Brahma ne soit vénéré nulle part ailleurs. D'où la présence du temple. Des temples, la ville en est pleine, mais peu sont anciens. Après celui de Brahma, nous ne faisons pas d'autre tentative.

 

En fin de journée, après avoir un peu galéré pour trouver notre route, nous grimpons en haut d'une colline qui surplombe la ville pour arriver au Cap Mochani Temple, le Lonely vantant la vue. On se dit qu'en prenant de la hauteur, les choses s'arrangent peut-être. Ce n'est pas vraiment le cas. La ville n'est pas plus intéressante vue d'en haut et nous jugeons que ça ne vaut même pas la peine d'attendre le coucher de soleil. Nous restons un peu interdits devant l'attitude d'un Français qui prend un air très inspiré, assis sur un des murs du temple, et qui explique à des enfants qui traînent là qu'il ne reste malheureusement qu'une semaine à Pushkar alors que s'il pouvait il y resterait 1 mois …. mais à quoi foutre, ça, on ne le saura pas. Il est temps qu'on redescende à l'hôtel !

 

Je décide de consacrer le jour suivant à mon cher ordinateur. Un peu pour écrire, mais surtout pour aller faire quelques emplettes pour les cadeaux de Noël sur internet. Ludo est parti continuer à se balader en ville et nous avons rendez-vous pour le déjeuner dans le restaurant Sixth Sense, installé sur le toit de l'hôtel Seventh Heaven. L'endroit est on ne peut plus paisible, c'est très joliment décoré et les plats servis sont fameux. Une parenthèse bien agréable.

 

Après ça, Ludo rentre à l'hôtel avec moi et se met aussi sur un ordi. Une panne de courant le décourage et il va faire un peu de sport sur la terrasse. De mon côté je patiente et me remets en quête de jouets, fringues, bijoux pour mes neveux et nièces. Une fois les achats terminés et les muscles de Ludo fatigués, nous dînons tranquillous à l'hôtel. Il fait froid, ce qui ne donne pas très envie d'aller traîner la patantène.

 


DELHI, LE RETOUR

 

Ca y est, notre périple se termine. Une journée de voiture et nous voilà à nouveau dans la capitale. Le temps de trouver une banque pour choper un peu de cash, d'aller voir un autre hôtel (dont l'offre sera finalement moins intéressante que celle du Su Shree Continental) et d'aller au Su Shree, et il fait déjà nuit. Il est temps de quitter Suresh, non sans quelques embrassades.

 

Nous commandons à dîner dans la chambre (Tandoori chicken et frites à tomber) et faisons les moules devant la télé.

 

 

ON AVAIT LOUPE CA

 

Grande balade dans Delhi au programme. L'objectif de la promenade est d'aller visiter le tombeau de Humayun qui manque à notre palmarès. Nous commençons par aller sur Connaught Place. Nous ne nous laissons pas distraire par tous les mecs qui vont nous annoncer que tout est fermé parce que nous sommes dimanche et qu'il faut aller sur tel ou tel marché pour trouver des souvenirs et continuons notre chemin jusqu'au Central Cottage Industries Emporium, magasin sur plusieurs niveaux qui regorge d'artisanat de tout le pays où Ludo veut aller chiner. Un des coquins nous affirme que c'est fermé alors que nous sommes juste en face … rien ne les arrête !

 

Nous passons un peu de temps dans la boutique géante, qui a effectivement de belles pièces mais dont les prix sont prohibitifs. Nous descendons ensuite la longue avenue Kasturba Gandhi jusqu'à l'India Gate. La circulation est coupée et la foule assez dense. Il y a un concours organisé pour les enfants pour qu'ils imaginent le prochain timbre indien. Comme il fait très beau, les gens en ont profité pour se promener, manger une glace … A quelques pas de là, nous nous arrêtons regarder des joueurs de criquet dans un parc et Ludo essaie de m'en expliquer les règles. Puis, nous entamons l'avenue du Dr Zakir Hussain, longue de plusieurs kilomètres. Après, ça se complique un peu et il y a quelques flottements dans notre orientation. Nous longeons un mini bidonville et finissons par trouver le fameux tombeau.

 

Il fut bâti au milieu du XVIe siècle par la première épouse d'origine perse du second empereur moghol, Humayun. L'édifice introduisit le style architectural perse à Delhi, mais l'association du grès rouge et du marbre blanc est typiquement locale et témoigne de la fusion complémentaire des deux cultures. Ses caractéristiques architecturales – un édifice trapu éclairé par de hautes portes en arc, un dôme en forme de bulbe, 12 ha de jardins du plus pur style moghol – furent reprises et affinées au fil du temps pour aboutir à la somptuosité du Taj Mahal. D'autres tombeaux sont disséminés dans le complexe, notamment celui du barbier favori de l'empereur.

L'ensemble est vraiment superbe et le jardin offre un merveilleux cadre pour une promenade. Nous nous félicitons de ne pas l'avoir loupé.

 

Quand nous sortons, l'après-midi est déjà bien entamé. Nous n'avons toujours pas déjeuné et décidons de prendre un tuk-tuk jusqu'à un resto dans le quartier de notre hôtel, soit un peu à l'autre bout de la ville. On se met d'accord sur un prix avec le chauffeur, puis dès que nous sommes installés il nous annonce qu'on va s'arrêter dans un centre commercial pour qu'il touche une petite commission, même si on achète rien. Ca gonfle Ludo qui refuse. Du coup, le chauffeur nous informe que si on ne s'arrête pas, le prix de la course sera plus élevé. Ludo sort du tuk-tuk, passablement énervé et ne veut plus entendre parler des véhicules à trois roues de la journée. Ce qui implique que nous rentrions à pied parce qu'il n'y a aucune station de métro dans le coin. Heureusement, sur le chemin, nous tombons sur une petite cafétéria, avec une terrasse, et nous régalons d'un plat très simple à base de haricots et de galettes, mais mijoté avec des épices qui en font un délice. Cela nous donne des forces pour reprendre la route …

Nous arrivons dans la rue Main Bazaar et il est déjà l'heure de l'apéro. Nous nous arrêtons au Métropolis, resto-bar où nous avions dîné en début de séjour. Nous tombons sur un Chinois de Pékin, qui est seul et que nous invitons à se joindre à nous. Ce garçon est impresario et voyage beaucoup, travaillant à distance. Il est très drôle et nous écumons quelques bières ensemble tout en papotant. Nous grignotons avant de rentrer nous coucher, un peu fatigués.

 

 

PARTONS AVANT DE COMMETTRE L'IRREPARABLE

 

Nous avons quelque peu mal à la tête et avons un peu de mal à nous tirer du lit. Rien ne presse, il faut qu'on libère la chambre à 12H, et n'avons pas de programme particulier pour occuper la journée avant de prendre l'avion à 22H.

 

Nous nous traînons de resto en café pour passer le temps. Nous avons commandé un taxi à l'hôtel pour 17H. Bien sûr, on le paye plus cher que si on l'attrapait à un coin de rue, mais on a envie de faire simple. Le taxi est à l'heure et nous ne mettons qu'une demie-heure pour parvenir à l'aéroport alors que le guide annonçait le double de temps. A l'arrivée, le chauffeur sort nos bagages du coffre. Nous le remercions et le saluons poliment quand il nous réclame son pourboire. Je lui demande de quel pourboire il parle, lui rappelant le prix très élevé que nous avons payé pour la course. Et là, dans son meilleur anglais, il nous explique que le tarif de la course est pour la voiture mais que le chauffeur doit avoir un pourboire … j'arrête Ludo avant qu'il l'ait attrapé à la gorge ! Il est vraiment temps de quitter le pays, les nerfs de mon cher et tendre sont à bout.

 

 

ILS VEULENT PAS NOUS LAISSER PARTIR ! HELP !!

 

Voilà, ça y est, les requêtes financières de toutes sortes sont terminées, nous sommes dans l'aéroport de Delhi et tout y est calme, propre et organisé (si si, ils savent le faire aussi !). Enfin, jusqu'à un certain point. Nous passons pas mal de temps à attendre en raison du nouveau système d'admission sur le territoire américain. En tant que touriste, tu n'as pas besoin de visa, mais tu dois remplir un questionnaire sur internet (est ce que tu te drogues, est ce que tu as déjà gardé des enfants dont tu n'avais pas la responsabilité contre leur volonté, est ce que tu as déjà mené des activités terroristes … un questionnaire intelligent et utile quoi) et payer 14 $. Dès que le paiement est accepté, une nouvelle page s'ouvre en te disant que ta demande est acceptée, en indiquant un numéro d'admission. Avec ça, tu peux te pointer aux US pendant deux ans. Ils notifient qu'il n'est pas nécessaire d'imprimer la page, puisqu'à ton arrivée chez l'Oncle Sam la saisie de ton nom sera informatiquement liée à la validation ou pas de ton questionnaire. Parfait, parce qu'imprimer c'est un peu galère. Je suis malgré tout prévoyante et note nos numéros d'admission.

 

Bon, bref, quand nous arrivons au guichet de Cathay Pacific, le gars nous demande si on a un visa pour les Etats-Unis. Je lui explique qu'il n'y a pas besoin de visa pour les Français, mais qu'il existe ce nouveau système d'admission qui a été mis en place ces derniers mois. Evidemment personne n'est au courant et ils vont être quelques-uns à se refiler la patate chaude (en l'occurrence nos passeports) avec pour mission de contrôler auprès des autorités américaines le bien fondé de nos dires. Le manège écourte d'une bonne heure le shopping de Ludo, qui a un goût particulier pour les zones Duty Free, mais nous finissons par pouvoir enregistrer !

 

Avant d'embarquer, nous avons l'occasion de goûter le Chicken Maharaja Mac … quoi, ça fait aussi partie de la culture du pays ! T'en as vu ailleurs, toi du Maharaja Mac ?!?