CHANGEMENT D'AMBIANCE : WELCOME IN BEIJING

 

Des grandes étendues vertes de la Mongolie, nous passons sans transition à la mégalopole : nous voilà à Pékin, où tout est immense. Il faut bien les caser les 17 millions d'habitants ! On avait un peu peur de l'effet écrasant de la foule, de la langue (cryptée pour nous qui ne connaissons aucun des idéogrammes), de l'indifférence de la population relatée par quelques français rencontrés à Oulan-Bator … et nous n'y trouverons rien de tout ça.

 

 

On ne manque pas d'espace et on a jamais un sentiment d'oppression. Tout est fait à l'échelle de la population, qui est nombreuse, et est bien organisé. Les avenues font 10 voies, les klaxons vont bon train, mais ça fonctionne. Le métro est très simple à utiliser et est très bon marché (20 cts le ticket), nous en usons et abusons même si les stations n'ont pas le charme du métro moscovite. La descente s'avère parfois folklo, les gens étant très pressés de monter, et il faut jouer des coudes. La technique vient vite, tu te jettes plus fort et plus vite que les autres et ils se poussent. En plus, on a une espèce d'avantage pour nous, c'est qu'avec nos tronches d'occidentaux, on leur fait à moitié peur. Ils ne tiennent pas à se coller à nous, donc la plupart du temps, on est peinard.

 

Je n'avais jamais vu ça, cette façon de scruter les gens, sans aucune gêne ni retenue. Il faut dire que dans la culture chinoise, le respect de l'intimité d'autrui n'existe pas. C'est comme ça que tu trouves certaines toilettes publiques sans séparation entre chaque WC et que même quand il y a un espace clos, les gens (y compris les femmes) ne jugent pas forcément nécessaire de rabattre la porte.

Bon, donc ce sont des mateurs dingues. Certains manquent se casser la figure en nous dévisageant, et ça se révèle parfois drôle. Mais à la longue, c'est un peu lourd. Et surtout, on ne comprend pas bien le pourquoi de cette curiosité exacerbée. On est loin d'être les seuls touristes étrangers à Pékin, alors d'accord on a pas la même tronche qu'eux, pas tout à fait le même style vestimentaire, mais de là à frôler le malaise (certaines vieilles dames en ont effectivement le souffle coupé ! Je déconne pas), ça paraît exagéré. C'est pas grave, on aura vécu quelques semaines dans la peau de Brad Pitt et Angelina Jolie et nous serons tout heureux de retrouver l'anonymat dès notre arrivée à Tokyo.

 

Cette célébrité soudaine ne nous empêche pas de parcourir Pékin en long et en large et de visiter une partie des nombreux sites historiques pendant les 3 jours et demi que nous avons décidé de consacrer à la capitale. Il en faudrait bien davantage même en se cantonnant aux seuls sites classés patrimoine de l'humanité par l'Unesco, mais il y en a plein d'autres dans d'autres parties du pays et avons fixé un circuit de Pékin à Shanghai (terminus obligatoire puisque nous y prenons l'avion pour Tokyo le 11 septembre), passant par Datong, Pingyao et Xi'an.

 

Mais revenons à Pékin, où nous débutons l'après-midi de notre arrivée par la place Tian' Anmen. La foule des touristes chinois y est dense. La place, même si elle est flanquée de part et d'autre du Palais de l'Assemblée du peuple et du Musée national (en réfection pour l'instant), n'est pas très intéressante. Nous évitons le mausolée de Mao, contrairement à celui de son confrère Lénine dans lequel nous nous étions introduits par erreur à Moscou. Mais la visite présente plusieurs agréments : tout d'abord, le chemin de l'hôtel jusque-là nous donne un premier aperçu de la ville, ce qui est plutôt agréable et ne nous fait pas regretter notre choix. En plus, nous localisons la Cité Interdite, qui fait face à la place de l'autre côté du trottoir, qui fera l'objet de nos visites du lendemain. Nous faisons également un saut à l'opéra de Pékin, qui est dans les parages.

 

La construction et le jeu de reflets dans le bassin qui l'entoure nous interpellent. Ce bâtiment a fait l'objet de pas mal de polémiques, non seulement en raison du budget astronomique qui a été engagé (l'équivalent de 300 millions d'euros), mais aussi parce que ce quartier faisait toujours partie de l'ancienne ville, mais a été vidé de ses occupants puis rasé avant d'attaquer les travaux. C'est un architecte français, Paul Andreu, qui en est le maître d'œuvre.

 

 

LA CITE INTERDITE

 

Nous attaquons assez tôt, pour essayer d'échapper aux pics de chaleur, mais aussi à la foule des visiteurs chinois qui déboulent en masse dès le milieu de la matinée. Les dimensions du site sont pourtant impressionnantes et permettent une capacité d'accueil qui est très large, mais les principaux palais sont pris d'assaut et la qualité de visite s'en ressent.

Bref, nous sommes là de bon matin, et c'est tout à fait supportable.

 

Un peu d'histoire : la Cité interdite est l'ancienne résidence de l'empereur et fut pendant 5 siècles le centre politique de la Chine. Elle fut bâtie au début du 15e siècle, sa superficie est de 960 x 750 m et on y compte près de 9 000 chambres ou salles. La Cité est en fait une succession de palais qui correspond au plan d'une gigantesque siheyuan, la maison traditionnelle chinoise. Les espaces s'alignent sur un axe central nord-sud, dans une symétrie quasi parfaite. L'ensemble se divise en deux parties : la cour extérieure, ou partie officielle, et la cour intérieure, ou partie privée.

 

Suivant cette configuration certains palais étaient destinés au traitement des affaires de la Cour, au déroulement des cérémonies, alors que d'autres abritaient les appartements privés de l'empereur, l'impératrice, les autres épouses et enfin les concubines (entre l'importance de son rôle politique et le nombre de gonzesses, il devait pas s'ennuyer l'empereur !!).

La visite se termine quelques heures plus tard par les jardins impériaux.

Le site est superbe.

 

Sortant de là, un peu vannés par la température, la foule, le trépignement, nous nous fixons pour objectif un resto qui sur le plan ne paraît pas très loin et qui en plus nous donne l'occasion de passer devant la Bibliothèque Nationale de Chine. En fait, c'est à perpéte, le resto a changé et ne correspond plus du tout à ce qu'en dit le guide (en moins bien, évidemment), la Bibliothèque est une bibliothèque de conservation de livres anciens et n'a pas d'accès public et pour couronner le tout pour regagner le quartier de notre hôtel, il nous faut marcher des plombes avant de tomber sur la station de métro la plus proche. Bon, on peut pas être au top en permanence !

On se rattrape le soir avec un bon resto, les plats virevoltent, le cadre est chouette, le menu est aussi épais qu'un annuaire, la bière est fraîche, les serveurs font semblant de comprendre l'anglais … le bonheur.

 

 

LE PARC BEIHAI

 

Nous avons décrété que dorénavant il y aurait un jour dans la semaine où nous ne ferions rien, une espère de journée off pendant laquelle nous nous ressourcerions de la façon de notre choix. Ca a l'air facile les vacances prolongées, mais il faut tenir la distance !! La décision prend effet immédiatement et nous nous disons que nous allons aller flâner et nous poser sur l'herbe grasse du parc Beihai, qui jouxte la Cité interdite et a longtemps été le parc fétiche de Mme Mao.

 

On tourne et vire avant de trouver l'entrée, mais on finit par y arriver. Le parc est très beau et très grand. Mais il n'y a aucun espace pour se poser. Les gens y viennent pour marcher, chanter, faire du sport, danser, faire du théâtre, jouer de musique, faire de la calligraphie … bref lézarder au soleil, ça ne les intéresse pas. Dommage !! Enfin, surtout pour moi ; Ludo, lui ne paraît pas fâché du tout de la tournure que prennent les choses. Nous faisons le tour du lac central, nous nous amusons devant les chorales, théâtreux et joueurs d'harmonica amateurs, regardons les danseurs évoluer, admirons les kanjis tracés à l'eau sur le sol par les calligraphes avant qu'ils ne disparaissent, observons les fleurs de lotus … zens.

 

En soirée, nous sommes quelque peu affaiblis par une bonne crève et des troubles intestinaux, nous dînons dans un truc pas sexy mais juste à côté de l'hôtel.

 

 

PLEIN LES MIRETTES

 

Lendemain, sur le pont à 6H00, pour partir en excursion voir la Grande Muraille. Enfin, plus que la voir, y poser nos petits petons et aller de tour en tour, sur des kilomètres si l'on veut. Elle en fait 6 700, y a de la marge ! Même Ludo n'y parviendrait pas.

 

Allez, petit intermède instructif : en fait, il faudrait parler de Grandes Murailles, car il s'agit d'un ensemble de fortifications parallèles édifiées en différents endroits par des souverains successifs. Cela commence au VIIe siècle av. JC où des remparts sont édifiés pour se protéger des voisins. Mais la partie que l'on visite aujourd'hui est principalement l'œuvre des Ming (1368-1644) parce que les tronçons les plus anciens étaient fabriqués en terre et sont en très mauvais état. A partir des Ming, elle est construite en pierre et en brique cuite. Hauteur moyenne 8m pour une largeur de 6m, la Grande Muraille constitue un chapelet de forteresses, de portes et de passes, jalonnées de milliers de tours de guet.

 

 

Il existe plusieurs points de visite, plus ou moins fréquentés. Celui proposé par l'agence de l'auberge de jeunesse est Jinshanling, qui est assez éloigné de Pékin et est donc plus tranquille. L'endroit est montagneux et encore sauvage.

Arrivés à destination, deux options : grimper dans la montagne jusqu'à la Muraille ou prendre le funiculaire. J'hésite mais finis par choisir le funiculaire alors que bien sûr mon homme part à pied. En fait de funiculaire, il s'agit d'œufs. Sans rail et suspendus dans le vide donc. Dans ma panoplie d'anti aventurière, j'ai le vertige aussi !!

Sauf que pas moyen de faire demi tour : tout le groupe est parti pendant que j'hésitais entre les deux itinéraires, et Ludo est maintenant dans la montagne. Je prends mon courage à deux mains et saute dans un des œufs, les yeux rivés au sol dans un premier temps, puis pouvant progressivement admirer le paysage. Mais le trajet est beaucoup plus long que je ne pensais et le rendez-vous fixé avec Ludo sur la Muraille est loupé. Étant donné son rythme de croisière à la marche, je ne parviendrai jamais à le rattraper, et dois bien avouer qu'assez vite j'abandonne l'idée et me concentre sur le spectacle qui s'offre à nous.

 

 

Nous avons de la chance, il fait très beau, la visibilité est parfaite. Cette impression d'infini est assez incroyable. Le mix entre ces (très) vieilles pierres et la végétation environnante est troublant. En revanche, deux points noirs : le manque de praticabilité du chemin (sur certaines zones, cela tient plus de l'escalade que de la marche) et la présence permanente des vendeuses de flotte et de souvenirs qui te harcèlent à chaque porte. En même temps, comme c'est Ludo qui a la bouteille d'eau, j'en bénis une qui me sauve la vie, une première fois en me tirant d'une impasse où je suis entourée par le vide et ne me sens pas très à l'aise, une deuxième fois en me vendant une de ses bouteilles (10 yuans, ce qui doit être à peu près 10 fois le prix normal, et encore, mais sur le coup, tant pis, je l'aime quand même et la remercie chaleureusement !).

Je retrouverai Ludo au point de rendez-vous fixé par la guide avec l'ensemble du groupe. Il est allé jusqu'au bout du parcours possible, mais lui aussi a peiné. On déjeune sur place et rentrons à Pékin.

 

Le soir, nous passons une nouvelle fois notre temps à essayer de trouver des billets de bus pour aller à Datong. C'est un vrai chemin de croix. Le bureau d'informations touristiques nous a indiqué un premier endroit où en acheter, mais il n'y a aucune gare routière. Un autre jour, nous partons à la recherche de l'agence CITS (agence de voyage de l'état) et malgré les renseignements complétement pourris du guide, nous finissons par la trouver, mais elle est fermée !! On finit par arrêter de perdre du temps et décidons de nous pointer à la gare routière de départ et d'improviser sur place.

 

 

DATONG

 

Cela marche à merveille. Nous prenons un taxi devant l'hôtel, nous retrouvons quelques dizaines de minute plus tard à la gare routière, et une guichetière efficace nous vend des billets pour partir dans un peu moins de deux heures. Nickel … si on avait su !!

 

Datong est au nord ouest de Pékin, à 4h de bus de là. Elle ressemble à une petite ville de province, mais compte mine de rien 2,8 millions d'habitants. Et c'est pas fini. La ville est percluse de chantiers de construction. Et quand les Chinois bâtissent, ce n'est pas un building par ci, un immeuble par là, c'est par ensembles de 20, 30 tours à la fois !

On va faire bref sur Datong, la ville est moche et sans intérêt à part celui d'être proche d'un très beau site classé patrimoine de l'humanité : les grottes de Yungang. Ah si, il y a aussi un petit resto où on sert un mouton à tomber à la renverse … et pour que moi je dise ça, c'est que c'était vraiment exceptionnel.

 

Mais revenons aux nourritures spirituelles avec les grottes de Yungang. Ce site est un enchaînement de grottes (comme son nom l'indique) dédiées à l'art bouddhique. 251 grottes et 51 000 statues …. ça fait pas rigoler.

On n'en visite qu'un petit nombre : une trentaine tout au plus, mais leur qualité émerveille. Elles datent du milieu du Ve siècle et marquent l'arrivée du bouddhisme dans cette région. Ce sont des moines bouddhistes venant de la province de Gansu (ancienne route de la soie), faits prisonniers par la dynastie Wei qui les ont bâties. Elles sont très nettement marquées par l'influence indienne. La paroi extérieure d'une des grottes s'étant effondrées lors d'un tremblement de terre, sa niche expose à l'air libre son bouddha (cf. photo) devenant ainsi un des symboles de Yungang.

 

Après une pause déjeuner collégiale, nous filons sur un autre site : celui du monastère suspendu de Xuankong. Nous arrivons à un endroit, où en contrebas de la route, un monastère construit à flan de falaise donne effectivement l'impression d'être suspendu dans le vide. Il a été fondé au VIe siècle. C'est un sanctuaire syncrétique où se mêlent les représentations taoïstes, bouddhiques et confucianistes. La visite et le passage entre les différents niveaux du monastère sont quelque peu vertigineux ! Des escaliers assez raides et étroits cheminent sur de frêles corniches de bois, reposant elles-mêmes sur des piliers enfoncés dans la roche. L'ensemble de la bâtisse est en bois et a été assemblé sans qu'aucun clou ne soit utilisé. Ça tient, mais on ne sait pas comment ! Ni jusqu'à quand !!

 

A PINGYAO, TOUT EST BEAU

 

C'est le slogan que la ville pourrait utiliser et qui ne serait pas exagéré. L'architecture de l'hôtel dans lequel nous logeons, dont vous voyez la photo, est tout à fait représentatif des bâtisses qui font la ville. Et dîtes-vous que c'est un site modeste comparé à beaucoup d'autres. Pingyao est une petite bourgade (50 000 habitants) miraculée. A l'abri derrière ses remparts, cette ville musée témoigne avec fierté de l'histoire et des traditions chinoises des six derniers siècles.

Pingyao donne une impression de saut temporel dans le passé, sans nostalgie ou folklore excessifs, mais délivrant la beauté brute de ce qu'a pu être l'environnement de la population il y a bien longtemps... une espèce de conte dans lequel on peut évoluer pour de vrai.

 

La ville a été fondée il y a 2 700 ans et a une histoire particulière au-delà de son exceptionnelle conservation : elle devient la capitale financière de la Chine en 1824, date de la création de la banque Rishengchang dans la cité, et le restera jusqu'à l'aube du XXe siècle. Devant les risques et les coûts du transport de fonds, le directeur de la maison Rishengchang (alors dans un tout autre domaine que la banque) décide de faire voyager des lettres de créances et des billets au porteur plutôt que des lingots. S'il n'invente pas la pratique bancaire, il lui donne en tout cas son véritable essor. Ses confrères l'imitent, un contrat avec l'état est signé le chargeant de la collecte des impôts … bientôt la moité des établissements bancaires du pays ont leur siège à Pingyao ! Mais la conjoncture politique et économique ainsi que l'évolution des idées vers des modèles occidentaux mettent un terme à l'aventure incroyable de la petite bourgade et la première banque moderne est créée en 1897 à Shanghaï. Pingyao tombe peu à peu dans l'oubli, et après une longue période d'hibernation, Pingyao trouve enfin un second souffle grâce au tourisme (quand je vous dis qu'on dirait un conte ...).

 

Mais revenons à la réalité, avant d'arriver dans la charmante bourgade, nous devons vivre une nouvelle expérience : le train chinois. La compagnie de chemin de fer a la réputation de vendre beaucoup plus de billets qu'il n'y a de places … eh bien, c'est vrai ! Les clients qui achètent leurs billets en dernière minute n'ont pas de siège attribué, soit, mais parfois deux personnes ont une réservation pour la même place. Mais personne ne s'énerve, le ton ne monte jamais, on se serre et s'entasse et puis voilà. Pour les 6 heures de trajet que nous avons effectuées, c'est humainement supportable, mais éprouvant. Les gens se montrent curieux et charmants à la fois. Ils nous proposent de partager leur pitance (un oeuf dont la coquille est noire par endroit qui me rappelle de méchants souvenirs thaïlandais et que je suis obligée de refuser malgré l'insistance du généreux donateur), d'autres tentent d'établir un contact en gribouillant des idéogrammes sur un bout de papier tout en nous soufflant leur fumée de cigarette au visage (il est bien sûr interdit de fumer dans le wagon …), un de nos voisins fait le guet pour nous et écoute avec attention les annonces de façon à nous prévenir quand nous serons arrivés. Nous sommes les seuls à descendre à Pingyao et n'arrivons pas à comprendre un traitre mot des messages micro et comme le train ne reste pas longtemps en gare à chacun de nos arrêts, nous voulons éviter d'atterrir dans un bled inconnu....

 

 

Nous arrivons bien à Pingyao, nous nous posons dans ce nid douillet d'un autre temps en comptant bien profiter de sa quiétude pendant 4 jours.

Le programme n'est pas trop sévère : balade sur les remparts, visites des très nombreux « musées » (demeures anciennes visitables, consacrées à un thème, la banque et le transport de fonds étant les plus récurrents, mais pouvant être aussi les arts martiaux, l'histoire de la ville ...) et des temples, pour finir par un saut sur le site Shuanglin Si, un monastère classé par l'Unesco à 7 km de là.

 

 

Tout se passe à merveille, nos flâneries dans les rues de la ville sont super agréables. Les dimensions du coeur de la cité font qu'au bout de quelques heures tu as l'impression de connaître l'endroit et d'être un peu chez toi, ce qui pour des homeless comme nous est très plaisant. Les anciennes demeures sont superbes. Elles sont figées dans le temps, dans leur structure, leur mobilier, leur décoration … c'est bluffant.

Et il n'y en a pas que pour les yeux dans cette ville, l'estomac n'est pas en reste : nous trouvons un petit restaurant (« Petit resto », le bien nommé) qui nous régalera une paire de fois (chips maison à tomber à la renverse, plat de nouilles selon la tradition de Pingyao, émincé de boeuf à la coriandre, boules de riz gluant au miel …. une tuerie),

nous allons également boire quelques bières dans un bar, Sakura, où nous retrouvons quelques standards (Beatles, Rolling Stones, Santana …) qui nous mettent du baume aux oreilles (l'opéra chinois nous a un peu écorché les tympans).

 

Malheureusement, nous ne disposerons pas de notre 4ème jour comme prévu. Le 3ème, nous allons à la gare nous renseigner sur les disponibilités pour nous rendre à X'ian …. il n'y aucune place libre ! Nous courons à la gare routière : aucun bus ne va jusque là. Il faut aller à Tayuan (qui est à 2-3 h de bus de là), et voir sur place si on trouve un bus jusqu'à X'ian. Mince !

Du coup, au lieu d'aller visiter un beau monastère, on quitte Pingyao en fin de matinée et attendons 6 heures à la gare avant de pouvoir prendre un bus de nuit qui se rend à X'ian. Nous sommes les seuls blancs dans la gare et serons l'attraction du jour !

 

 

L'ARMEE DE TERRACOTA

 

Nous arrivons à X'ian à l'aube et trouvons sous la pluie une auberge de jeunesse (top, notre chambre est super belle !). Nous nous posons un peu avant d'enfiler nos ponchos de pluie et d'aller parcourir la ville, notamment le quartier hui, les Hui étant une ethnie musulmane chinoise. Nous organisons l'excursion du lendemain pour aller voir l'Armée enterrée du premier empereur Qin, à une quarantaine de km de là. 

  

A 9H00, nous décollons dans un mini-bus, allons d'un coin à l'autre de la ville pour récupérer les autres touristes. Au final, nous sommes une petite troupe éclectique (danois, anglais, vénézuelien, belge, hollandais, français), sous la coupe d'une guide, Susan, qui inaugure sa carrière avec nous. Pour fêter ça, elle va jusqu'à nous chanter une petite chanson … trop mignonne. Après un arrêt Spécial Touristes dans une fabrique de céramique où tu peux acheter des reproductions des guerriers de l'armée enterrée allant de 5 cm à taille réelle (1m70), nous allons voir les guerriers pour de vrai.

 

 

 

L'histoire de ce site est celle d'un roitelet, qui s'ennuyait ferme en son royaume, dans les années 231 av. J-C, et décida d'aller conquérir la demi-douzaine de royaumes qui jouxtaient le sien. Il réalisa son dessein et devint en 221 av. J-C le premier empereur d'une Chine unifiée. Hanté par la mort, il aurait donné le premier coup de pioche de son tombeau dès son accession sur le trône, à l'âge de 13 ans. Il le voulait grandiose et pour cela devait s'entourer d'une véritable armée destinée à le protéger dans la mort pour l'éternité.

En 1974, un paysan affairé à creuser un puits tombe sur un curieux guerrier en terre cuite, puis un autre … annonciateurs de quelques 6 000 ou 7 000 autres, voire plus … Depuis, près de 2 000 statues d'argile de guerriers et chevaux ont été dégagés. Le chantier continue.

 

Le résultat est impressionnant, d'autant plus qu'au-delà de l'effet de nombre, le fait que chaque soldat soit unique (il n'y a pas deux visages identiques) est assez troublant. Comme s'ils étaient effectivement de chair…

Le site s'étend sur des km² et est actuellement réparti en trois fosses. Seule la fosse N°1 est bien dégagée, les autres sont encore en friche. Le travail entrepris est digne des Titans, la plupart des statues étant retrouvées en morceaux les archéologues ont un travail de reconstitution comparable aux puzzles Ravenburger les plus difficiles !!!

 

Remis de nos émotions, nous avons juste le temps de revenir à X'ian, attraper nos sacs à dos et courir à la gare choper notre train pour aller à Shanghaï (21H de trajet … il y en a un qui a un peu le moral dans les chaussettes !).

 

RETOUR A LA VILLE … ET QUELLE VILLE !!

 

Il paraît que les jeunes chinois disent « Pour voir 1000 ans d'histoire, il faut aller à Pékin, mais pour connaître la Chine actuelle, il faut venir à Shanghaï » (dixit le Routard). Eh bien nous y voilà.

Premier effet détonnant : la chaleur !!! J'étouffe, harnachée du sac à dos, essayant de suivre le rythme de Ludo qui boude à moitié parce qu'on s'est un peu frité concernant le chemin à suivre pour rejoindre l'hôtel et qui n'a pas du tout envie de m'épargner. Mon premier contact avec Shanghaï est dégoulinant !!

 

Musée de Shanghaï
Musée de Shanghaï

 

On arrive à notre hôtel, plus luxueux que les habituels parce que tous les petits prix étaient complets … rappelons que Shanghaï abrite en ce moment l'Exposition Universelle, ce qui draine pas mal de monde (8 millions de visiteurs le mois qui a suivi l'ouverture !!). On se rafraichit et partons pour La Place du Peuple, qui est à deux pas. Cette place est une immense esplanade, qui, du temps des concessions étrangères, était un hippodrome où les Européens venaient parier. Aujourd'hui, c'est le coeur artistique et culturel de Shanghaï. Une grande place, divisée en deux parties : dans l'une se tient l'Opéra de Shanghaï (oeuvre une nouvelle fois d'un architecte français, Jean-Marie Carpentier), dans l'autre le Musée de Shanghaï au centre d'un grand jardin public. C'est un havre de paix au centre de la ville. Dans les jardins, je ne sais par quel truchement acoustique, tout bruit de circulation disparaît. Nous nous baladons un moment, je mange une crêpe fourrée aux nouilles (c'est sûr, il fallait y penser !), nous décidons de la suite du programme, qui sera moins paisible puisque c'est le rue Nanjing que nous avons choisie pour passer la soirée.

 

SHOPPING FRENETIQUE

 

Nanjing Donglu est la plus ancienne artère commerciale de Shanghaï. Elle part de la Place du Peuple et se prolonge sur 1 500 mètres avant de rejoindre le Bund (promenade le long de la rivière Huangpu). La rue est piétonne sur les 2/3 de sa longueur et offre aux promeneurs un enchaînement impressionnant de grands magasins. Et comme au royaume de la consommation, les boutiques ne suffisent pas, on est démarché toutes les 30 secondes par des vendeurs de copies des grandes marques de montres, sacs, vêtements …

 

Ce qui est intéressant dans cette rue n'est pas tant l'étalage de biens de consommation, mais plutôt la population qui s'y agglutine. Vendeurs à la sauvette, touristes chinois en quête de souvenirs et cadeaux pour leurs proches, touristes occidentaux davantage en balade, petit train touristique qui fait le tour du quartier (les Chinois donnent l'impression de ne pas beaucoup aimer marcher) forment un ensemble assez détonant et très bruyant (il faut dire que les Chinois ne parlent pas, ils crient !). Pour en faire un axe de première importance, Jean-Marie Charpentier (toujours l'archi français) a été chargé de repenser, redessiner, réhabiliter la rue, ce qu'il a fait en la bordant d'immeubles modernes et novateurs et en rénovant les anciens. On baigne dans la lumière flashy des néons ; les enseignes et les écrans géants donnent un peu le tournis.

 

 

MODERNITE ET TRADITION

 

La ville est constituée d'un mélange constrasté de bâtiments futuristes, où le maître mot est business, et de l'ancienne ville qui est empreinte, elle, d'histoire et de traditions ancestrales. L'esprit du troisième millénaire prend peu à peu le pas sur le reste, mais pour l'instant on peut encore sentir le poids des siècles passés dans plusieurs quartiers de la ville.

 

Nous entamons notre deuxième journée par ce qui pourrait représenter la frontière entre ces deux mondes : le Bund. Il s'agit d'un long boulevard qui longe la rive gauche de la rivière Huangpu. D'un côté les belles façades du Shanghaï des Années folles derrière lesquelles se cache l'ancienne ville, de l'autre, au-delà de la rivière, l'univers des affaires qui se concluent dans des tours de verre : Pudong, une version chinoise de Manhattan. Les deux faces de la ville sont intéressantes, et leur vis-à-vis les rend d'autant plus belles.

 

C'est du côté de la vieille ville chinoise que notre chemin du jour se poursuit. C'est un réseau de rues bordées de maisons basses et vétustes. Certaines d'entre elles, notamment en approchant du jardin Yu, ont été restaurées et transformées en boutiques, formant un immense bazar. Le jardin Yu est réputé comme étant l'un des trois plus beaux jardins de Chine. Au départ, c'était un jardin privé, dont la création avait été ordonnée par un riche mandarin, pour honorer ses parents. Les éléments du jardin sont censés représenter le monde en miniature et favoriser la méditation et la contemplation paisible. Le fait est que c'est un lieu très paisible, quant à la méditation... L'endroit est labyrinthique et il est très plaisant de se perdre dans le dédales de chemins (jamais droits), aller d'un pavillon à un autre, enjamber les ponts qui se succèdent et admirer les couleurs des poissons qui peuplent les différents ruisseaux.

 

Après avoir fait un peu de culturel, nous avons continué avec l'ancienne concession française, pour faire un peu de shopping (quelques culottes et T-shirts chez C&A et H&M, rien de folichon, même si j'avais vu une très belle bague chez Swarovski même pas chère !). Nous avons parcouru l'avenue Huaihuai (elle fait quand même 6 km !), qui est considérée comme la vitrine commerciale la plus luxueuse de la ville, ce qui nous a fait passer devant Esprit du Temps, une sculpture de Richard Texier (encore un français !) qui représente une spirale en bronze surmontée d'un rhinocéros bizarre doté d'une corne, d'une nageoire et d'une trompe qui finit en trompette. La chose nous laisse coits. Nous faisons également un saut jusqu'à l'ancien cercle sportif français, qui de l'extérieur ne présente aucun intérêt, et dans lequel nous n'osons pas rentrer, vue la tenue des personnes qui en sortent … on ne prend pas le risque de se faire jeter comme des malpropres et préférons rentrer tout tranquillement.

 

Le soir, nous nous faisons plaisir avec un resto de fruits de mer, tout à côté de l'hôtel. La devanture est un empilement d'aquariums dans lesquels tu désignes les coquillages (dont certains énormes, Ludo n'a pas voulu suivre, dommage !) et les poissons que l'on va te servir quelques minutes après. Le choix est énorme et je ne sais plus où donner de la tête. Au final, nous mangerons des couteaux (un bonheur !), une sole et des poulpes, tout cela cuisiné à la chinoise. Un régal.

 

 

VOYAGES DANS LE TEMPS

 

Pour notre dernier jour, c'est vers la modernité que l'on se tourne, pour se préparer un peu au Japon. C'est donc le chemin de la nouvelle ville de Pudong que nous prenons.. Ce quartier, que j'ai comparé à Manhattan un peu plus haut, est le plus gros centre d'affaires de Chine. Une série de gratte-ciel futuristes, de gigantesques tours en verre ou en acier, conçus par les plus grands architectes internationaux y sont à voir. Les plus célèbres sont les tours Perle d'Orient, Jinmao et World Financial Center. Il est difficile d'imaginer qu'il y a 20 ans en arrière, Pudong n'était qu'une paisible terre agricole : des champs, des vergers, des jardins maraîchers qui alimentaient Shanghaï... impressionnant, mais comme bon nombre de quartiers d'affaires, cela manque un peu d'âme.

 

Nous reprenons le ferry et faisons du même coup un bon en arrière pour nous plonger dans le passé : direction le Musée de Shanghaï. Arrivés tard, nous n'avons pu parcourir que 4 salles : celle des costumes traditionnels des différentes ethnies, celle des sculptures, celle des bronzes et celle du jade. Point bonus pour celle des costumes et objets traditionnels, où sont mis en scène une grande variété de très belles pièces.

 

Le soir, on est un peu mou du genou et on dîne dans un boui boui proche de l'hôtel. Il faut dire qu'un réveil très matinal nous attend pour aller rejoindre Olivia qui nous pêche à l'aéroport de Tokyo à 12H50 ...