CUBANA … AÏE AÏE AÏE
Après la faillite de la Mexicana, notre vol pour Cuba a été réorganisé avec Cubana Airlines, compagnie nationale cubaine. Il va sans dire que les avions sont russes et datent de l'antéchrist, tout comme les hôtesses et le matériel (le chariot à boissons se démonte en cours de service !). C'est pas fait pour me rassurer, mais j'arrive à prendre sur moi. Nous sommes au dernier rang. Les coffres à bagage sont foutus de telle sorte que tu ne peux quasiment rien y mettre dedans et que quand nous embarquons, tout est déjà plein. Nous demandons à l'hôtesse où nous pouvons mettre nos sacs : à nos pieds. OK, super, l'espace était déjà tellement confortable !
Dès que le moteur est allumé, l'avion fait beaucoup de bruit. Toute discussion étant devenue difficile, Ludo ferme les yeux et entame un roupillon. Je ferme un œil mais en garde un ouvert … on ne sait jamais. Et effectivement, quelques secondes après le décollage, une fumée blanche épaisse se répand à nos pieds. Panique à bord ! J'appelle Ludo qui ne me répond pas, mon voisin de droite dort aussi. Je me mets à le secouer comme un prunier (Ludo, pas le voisin tout de même !) en lui montrant la fumée. En bon pompier, il analyse la situation et très calme m'informe que ce n'est pas de la fumée chaude … Chaude ou froide, c'est pas ça la question, ce qu'il m'intéresse de savoir c'est si c'est normal et si c'est dangereux ! Il me rétorque que cela doit venir de l'air conditionné, qu'il ne faut pas s'inquiéter. J'observe la fumée, il n'y en a que sous nos pieds, nulle part ailleurs (pourquoi nous ?!?), suis l'évolution de près et effectivement au bout d'un moment (qui me paraît évidemment interminable) finit par se dissiper.
L'heure de vol passe malgré tout assez vite. Arrivés à l'aéroport, nous retirons de l'argent à un DAB. Cuba fonctionne avec un double système monétaire : le CUC (Peso convertible = 0,80 €), la monnaie de référence, celle des touristes depuis l'interdiction du dollar depuis 2004 et le Peso cubain, appelé monnaie nationale circulent simultanément. 1 CUC vaut 24 pesos cubains. Les DAB distribuent exclusivement du CUC, qui t'est facturé en USD Dollars (là, il y a une subtilité qui m'échappe), avec une commission de change de 12% !
Bon, bref, on a du flouze, on peut prendre un taxi pour rejoindre La Havane qui est à 35 Km de là. La nuit est en train de tomber et on distingue à peine les grands immeubles art déco lorsque nous arrivons dans le centre de la ville. Nous sonnons chez Jorge, qui au lieu de nous faire monter chez lui nous dit dans un français impeccable qu'il est complet et qu'il nous a réservé une chambre dans une autre maison tout près de là. En fait, une fois que tu as pris contact avec une des maisons particulières, tu es entré dans un réseau et tu ne te retrouves jamais en galère.
Nous y allons ensemble, c'est effectivement à quelques dizaines de mètres un peu plus haut dans la rue. C'est la maison d'Élisabeth, qui nous reçoit très gentiment et nous explique comment la maison fonctionne. Nous avons un appartement à partager avec les touristes qui occupent une deuxième chambre. Un grand balcon donne sur la Calle Galiano dans le Centro Habana. A l'étage supérieur, c'est la même configuration, et c'est là que nous prendrons les petits-déjeuners. Élisabeth et son mari, eux, occupent une petite chambre, derrière la buanderie.
Nous remplissons les formalités d'enregistrement de notre passage, payons les 4 nuits que nous avons prévu de passer là, et demandons à Élisabeth où nous pouvons aller dîner. Elle nous note le nom et l'adresse de 3 restos. Nous partons pour Los Nardos, en face du Capitolio. C'est à 5 mn à pied. Nous croisons quelques vieilles grosses américaines, impressionnantes, qui sont converties pour certaines en taxi. Il y a la queue devant Los Nardos et hésitons un moment à attendre. Sur le chemin, nous n'avons pas vu d'autres restaurants. Comme nous n'avons pas de guide, nous décidons de jouer la sécurité et de patienter. Nous entendons des gens dans la file qui disent que ça vaut la peine d'attendre … ça a intérêt parce qu'on poireaute 1 heure et demie !
Ça vaut effectivement le coup. Les plats, à l'exception des racines frites ou bouillies, ne sont pas d'origine cubaine, mais de très bonne qualité. Le serveur nous conseille et nous sert un carpaccio de poisson en entrée suivi d'un plat de différents morceaux de bœuf grillé. Nous apprendrons plus tard que l'intégralité du cheptel bovin étant la propriété de l'État, le bœuf n'est servi « officiellement » que dans les restaurants d'état, et dans les faits dans les restaurants où on paye en Pesos convertibles. Les cubains n'ont donc pas accès à la viande de bœuf. En même temps, ce n'est pas très bon pour la santé !
MALECON ME VOILA
Eh, grasse mat, on se lève à 8H30 !! Petit-déj devant la porte fenêtre du balcon grande ouverte … il fait un temps superbe. Ça tombe bien, parce qu'aujourd'hui, ça marche ! Nous entamons notre rallye avec le Capitolio (qu'on le voit en plein jour, quand même).
Le Capitolio Nacional est l'édifice le plus ambitieux et le plus grandiose de La Havane. Il fut construit en 1926, après la « danse des millions », période où le gouvernement cubain constitua un véritable trésor grâce aux bénéfices du sucre apparemment inépuisables. Semblable au Capitole de Washington, mais un peu plus grand et bien plus riche en détail, il a d'abord été le siège du Congrès cubain et abrite depuis 1959 l'Académie des Sciences et Technologies. Sa coupole de pierre s'élève à 62 m et est surplombée d'une copie de la statue de Mercure, du Palazzo de Bargello. Juste sous le dôme, la copie d'un diamant de 24 carats est sertie dans le sol. C'est le repère initial servant à mesurer les distances kilométriques depuis La Havane sur les autoroutes cubaines.
Une fois que Ludo a terminé de prendre le monument en photo, un couple nous aborde en nous expliquant qu'en face, juste à côté du Capitolio, il s'agit du Gran Teatro de La Habana, où ont lieu des ballets de danse classique. Ils nous demandent si l'on aime la salsa. Bien sûr que oui. Alors, il faut qu'on profite d'un festival, qui a lieu en ce moment même. Ils vont nous y conduire. En fait, ils nous entrainent dans un bar où le serveur essaie de nous faire commander à boire (il est 10 H du mat, pour le mojito, c'est beaucoup trop tôt, aussi bon soit-il !), et si ce n'est pas pour nous, il nous suggère d'offrir à boire à nos amis. Ce que l'on refuse de faire. Du coup, le couple sentant que nous ne sommes pas de bons pigeons, ils nous écrivent 3 noms de bars musicaux où on peut effectivement aller voir des groupes de salsas et ne cherche pas à nous retenir plus que ça. On leur fausse compagnie.
On reprend notre parcours avec le Parc de la Fraternité, qui fut établi en 1892 pour commémorer le 400e anniversaire de l'arrivée des Espagnols en Amérique. Quelques années plus tard, il fut remodelé et rebaptisé pour célébrer la conférence panaméricaine de 1927. Le parc est souvent surnommé Jurassic Park : on y croise pléthore de vieilles voitures américaines, dont vous trouverez ci-dessous un petit échantillon.
On contourne le Barrio Chino (quartier chinois) et prenons la longue Avenue Simon Bolivar, avec ses immeubles art déco décatis et ses magasins d'état devant lesquels les gens font la queue, suivie ensuite de l'Avenue Salvador Allende, toute aussi longue.
Après avoir marché pendant un bon bout de temps, avoir pris un mauvais embranchement et fait demi-tour, nous finissons par arriver à la Place de la Révolution. Conçue par l'urbaniste français Jean-Claude Forestier dans les années 1920, la place faisait partie de la « ville nouvelle » développée entre 1920 et 1959. Point de liaison du projet ambitieux de Forestier, la place fut construite à la manière de la Place de l'Étoile parisienne, et s'étale en plusieurs avenues qui partent vers les différents quartiers de la ville. Elle est aujourd'hui le siège du gouvernement cubain et est un lieu de grands rassemblements politiques.
Deux buildings autour de l'énorme rond-point que constitue la place sont affublés de néons géants, l'un représentant Fidel Castro avec le texte « Vas bien, Fidel » et l'autre à l'effigie du Che avec l'universellement célèbre « Hasta la victoria, siempre ».
Le marathon se poursuit sur le Paseo, énorme boulevard de style européen qui se devait de rivaliser avec les grands boulevards de Paris ou de Barcelone. Quelques maisons et bâtiments abritant des ambassades sont assez remarquables, mais on est encore loin des Ramblas ou des Champs.
Au bout du Paseo, on rejoint le Malecon. Ah, le Malecon ! J'ai l'impression, comme dans la Rose pourpre du Caire, de passer de l'autre côté de l'écran d'un documentaire et de faire partie intégrante de la vie de La Havane. Légèrement rafraîchis par les embruns des vagues qui éclaboussent et rongent le parapet, nous longeons une partie des 8 km de la route, croisant couples d'amoureux, pêcheurs, jeunes occupés à vider des bouteilles de rhum à grandes lampées, jeunes filles lézardant au soleil, papis avec leur toutou, cyclistes faisant une pause … Nous sommes encore un peu loin du centre de la ville et ne trouvons pas de restaurant le long de la route. Or, il commence à être tard et à faire faim. Au bout d'un moment, nous décidons de prendre une perpendiculaire et d'entrer à nouveau dans la ville pour trouver un endroit où nous restaurer.
Nous remontons la rue 23 (La Rampa) sur quelques dizaines de mètres et nous installons sur une terrasse plutôt minable mais ça a le mérite d'être ouvert et de servir encore à manger. La note est très salée pour ce que nous avons mangé et bu. Nous reprenons les avenues Allende et Bolivar en sens inverse, en rongeant notre frein. Du coup, avant de remonter à l'appartement, nous faisons une halte au magasin La Epoca, qui y fait face, pour acheter de quoi faire quelques repas à la maison.
Ce magasin est l'équivalent des Galeries Lafayette, façon cubaine, où les produits sont payables en CUC. En bref, c'est un grand magasin mythique de la ville, qui a un supermarché au sous-sol. Nous avons pu voir en fumant la cigarette d'après petit-déjeuner sur le balcon que les gens font la queue en attendant l'ouverture... Quelle n'est pas notre surprise en découvrant un magasin à moitié vide !! Nos as du merchandising tomberaient à la renverse. Les rayons sont remplis de produits extrêmement basiques, vraisemblablement en fonction des arrivages, selon une logique qui nous échappe, mais surtout il y en a plein où il n'y a rien.
Le pompon est à décerner au rayon des produits frais : il y a un frigo (de la taille du frigo que tu as dans ta cuisine, pas plus, mais avec une porte vitrée) où les produits (jambon et fromage à la coupe) sont rangés, alors que dans l'étal réfrigéré, il n'y a rien sur plusieurs mètres, et dans un coin 3 barquettes sur lesquelles sont posés un paquet de tranches de fromage à toaster, un paquet de saucisses de Francfort, une plaquette de beurre avec les prix écrits en gros sur des bouts de carton. Les prix font que les clients sont rares. Ils doivent l'être tellement que pour arriver à avoir un bout de fromage et 4 tranches de jambon, c'est la croix et la bannière. On finit par y arriver, après avoir échappé de près à un bon fou rire en regardant faire cette pauvre vendeuse, qui n'a aucune idée des poids (elle ne fait aucune différence entre 600 gr et 200 gr de fromage, et n'a aucune idée de comment il faut qu'elle coupe le morceau de 600 gr pour nous en servir 200 gr) et se bat avec les étiquettes qui sortent de la balance.
Nous prenons alors conscience que les gens que nous avons croisé toute la journée en train d'attendre dans la rue faisaient la queue en espérant du pain, du café etc. Pour ce qui est de la viande, comme c'est cher, les gens en font abstraction. Les produits laitiers, tu oublies aussi. Et pour certaines catégories de produits (hygiène, vêtements, chaussures, produits d'entretien …) tu ne les trouves que dans des magasins où tu payes en CUC. Rappelons que le salaire moyen d'un Cubain se situe autour de 15 CUC et une savonnette devient alors un produit de luxe.
Non seulement on s'est retenu de rire, mais au final on sort de là déprimés.
On rentre à la maison, discutons un moment avec notre voisin de chambre, Thomas, qui est allemand et sort avec une Cubaine. De ça non plus, nous ne savons que penser. Nous mangeons nos pâtes et allons nous coucher sans moufter.
ARRIVEE DES FILLES
Nous petit-déjeunons à 8H et nous nous préparons pour une nouvelle journée de balade avant que Carole et Karine n'arrivent ce soir, rendez-vous fixé à 19H à leur hôtel. Nous entamons la journée par la 2ème partie du Malecon qui finit dans la Vieille Havane. Nous faisons une pause sur la place d'Armes, un endroit charmantissime occupé par des bouquinistes avec un jardin central et entouré d'arcades.
De là, nous remontons la rue Obispo, très touristique et très animée. Nous nous arrêtons dans une super boulangerie-pâtisserie nous approvisionner pour le déjeuner. Nous nous baladons dans ce quartier, qui, comme son nom l'indique est le vieux quartier de la ville. Les façades des maisons gardent encore un reste de magnificence même si les intérieurs, entraperçus furtivement par des portes entrouvertes, sont totalement délabrés.
Nous essayons de repérer des endroits chouettes où nous pourrions passer la soirée avec les filles. Élisabeth nous a indiqué un bar musical « La Lluvia de Oro » dans la rue Obispo et nous découvrons aussi un beau bar-resto sur la place de la Cathédrale. Nous voilà armés pour la soirée, nous rentrons à la maison, avalons nos sandwiches et faisons une petite sieste histoire d'être au top pour le soir.
En milieu d'après-midi, nous retournons arpenter les rues de la Vieille Havane et en début de soirée nous allons tester les mojitos des deux endroits que nous avons sélectionnés dans la matinée. La Lluvia de Oro est disqualifiée pour absence d'eau aux toilettes (ce qui me vaut un beau moment de solitude quand je m'en rends compte et que la dame pipi ne veut pas me laisser faire et s'accroche à son seau d'eau pour le verser dans la cuvette en me disant qu'elle a l'habitude !) et nous jetons donc notre dévolu sur le bar restaurant de la place de la Cathédrale. Après les essais, il est l'heure de nous mettre en route pour l'hôtel des miss que nous devons retrouver à 19H.
Malheureusement, à notre arrivée on nous apprend que l'équipage Air France n'est pas encore arrivé, qu'il y a eu du retard au départ. On se cale au bar. Au bout d'une heure, nous commençons à être un peu inquiets … et si elles avaient été bloquées par la neige ?!? Auquel cas, elles nous auraient prévenus. Non, elles arrivent bel et bien, à 21H. Nous attendions une blonde et une brunette à cheveux courts, déboulent une châtain et une brune à cheveux longs … tu pars 5 mois et tout a changé ! Quand on rentrera, armez vous de petits badges qu'on soit sûr de vous reconnaître !
Nous les accompagnons dans leur chambre de princesse. Elles se rafraîchissent pendant que nous déballons les trésors qu'elles ont eu la gentillesse de nous apporter : guides des pays à venir (sauf celui de Cuba, oups !), champagne, foie gras, galette des rois, pain de seigle, boîte de choucroute … elles sont trop bonnes !
Nous papotons un moment dans la piaule et nous mettons en route pour le dîner. Nous allons donc sur la place de la cathédrale. Nous commandons à boire et quelques tapas. Il est déjà tard et ces ânesses de serveuses ne comprennent pas que nous sommes là pour manger et quand on leur demande si on peut enfin commander, elles nous annoncent que la cuisine est fermée ! Merde ! Nous filons dans la rue Obispo pour voir si quelque chose est encore ouvert, en vain, et quelqu'un nous dit de tenter notre chance à Los Nardos. On y court, mais pour trouver porte close. Un gars qui est sous les arcades devant Los Nardos nous dit qu'il peut nous accompagner à un resto qui est ouvert jusqu'à 1H. Comme nous n'avons pas beaucoup d'autres options, nous le suivons. Nous arrivons à un resto qui est effectivement ouvert, mais nous sommes les derniers clients et l'enthousiasme des serveuses à notre arrivée est très tiède. Le choix des plats est réduit mais on ne tortille pas, le message est clair : il faut qu'on dégage au plus vite ! On avale un plat très moyen chacun et rentrons, dépités, nous coucher.
LA LANGOUSTE DE CUBA !!
Nous rejoignons les filles à leur hôtel pour mettre une gifle au buffet du petit-déjeuner. Nous nous jetons littéralement sur le fromage !!
En face de l'hôtel, il y a un musée des pompiers … arrêt obligatoire ! Après ça, nous nous mettons en quête d'un guide de Cuba dans la Vieille Havane. Une vraie galère : rien dans les librairies, dans les hôtels, au centre de tourisme … Nous baissons les bras quand Karine a une idée de génie : avant de prendre le bus pour aller à la plage, elle fait un court détour à l'hôtel pour demander à un des chasseurs de prendre le relais de la chasse au trésor …
En attendant, nous, nous allons nous faire dorer la couenne (certaines en ont besoin !) sur la plage Atlantico, à une grosse demie-heure de La Havane. L'eau est turquoise et même si elle est un peu fraîche, nous ne pouvons résister (enfin, pour les courageux, les dindes restent sur le sable !). L'après-midi s'écoule paisiblement entre baignade, nouvelles du pays et plat de langouste. A 17H, nous quittons ce petit paradis et revenons en ville. Nous passons au Parque Central pour voir les résultats des recherches de Lazaro. Il n'est plus là mais a laissé un message disant qu'il fallait qu'on s'adresse à Betty, qui travaille dans l'hôtel d'en face. Betty détient effectivement quelques guides en anglais qui nous seraient parfaitement utiles, mais sa copine nous entend parler français et elle nous sort comme par magie le Lonely de Cuba en français !! Nous l'embrassons telle une vieille médaille, cette chère Betty !
Nous faisons un saut à l'appart, jetons un œil sur le guide et décidons de rester jusqu'au surlendemain à La Havane pour avoir le temps de préparer correctement notre parcours. Nous retrouvons les donzelles à 18H30 à l'hôtel pour participer à un dîner organisé pour l'équipage chez un Cubain. Mojitos et langoustes à volonté ! Énorme !
Nous finissons la soirée en discutant en privé dans la chambre de Karine et Carole. Une Française, rencontrée l'après-midi à la piscine de l'hôtel par un des stewards qui s'avère être son voisin à Paris (le monde est vraiment un village, surtout quand tu le parcours gratis !!). Nous dégustons le champagne et rigolons bien. A minuit, nous sommes morts et rentrons dans nos pénates respectives.
MERCI LES FILLES
Comme la veille, nous profitons du buffet énorme de l'hôtel des filles pour le petit-déjeuner. Pour digérer, nous nous baladons dans la vieille Havane et longeons le Malecon, sur lequel les vagues tapent fort. A 13H, il est temps de se dire au revoir. Merci les filles pour cette visite très agréable, merci pour les bonnes choses que vous nous avez apportées et les nouvelles données de notre petit monde parisien.
Pour nous consoler de leur départ, nous allons manger des tapas sur la Place de la Cathédrale.
Nous consacrons le reste de la journée à l'organisation de la suite de notre voyage cubain. Nous discutons avec Élisabeth du parcours choisi, elle valide. Nous filons donc à la gare routière pour faire les réservations pour le bus pour Vinales le lendemain et retournons aussi sec à l'appartement. Élisabeth appelle ses connaissances dans les différentes villes où nous avons prévu de passer pour caler l'hébergement.
Nous allons faire des courses à la Epoca, mais notre vendeuse vedette n'est pas là et c'est moins drôle. Nous dînons à l'appart.
VINALES
Lever matinal et embarquement pour Vinales, où nous arrivons un peu avant 13H. Gloria, la logeuse qui doit nous héberger nous attend à la station de bus. Elle est accompagnée de son frère Ridel, qui va en fait se substituer à elle parce que Gloria affiche complet. Nous chargeons nos bagages dans une grosse Chevrolet rouge … ce sont les seules voitures où tu ne mets pas les bagages dans le coffre, il y a suffisamment de place à l'arrière pour les sacs-à-dos et nous (j'adore !), et nous arrivons chez Ridel. Sa femme, Claribel, nous accueille avec un jus de fruits. La chambre est à l'étage, installée de façon indépendante par rapport à la maison. La maman de Claribel, Maria, s'empresse d'aller nous préparer à déjeuner. Ce sera prêt dans une heure.
Je ne sais pas si c'est mon embonpoint qui a fait penser à Maria que nous mangions comme des ogres, mais le déjeuner qui nous attend sur la table une heure plus tard est juste pantagruélique : salade de tomates et de concombres, salade de fruits, racines bouillies sautées avec de l'ail, racines frites, riz, soupe aux haricots noirs, viande de porc … le délire. Par politesse, nous faisons honneur mais ne pouvons tout finir sous peine d'exploser.
Nous sortons faire un tour dans la ville, ce qui est assez vite fait, vu que ce n'est pas bien grand et qu'à part la place principale, il n'y a pas grand chose à voir.
Nous passons à la banque et à l'agence Havanatur où nous programmons une excursion à Cayo Jutias pour le surlendemain. Ensuite, la circulation le permettant, nous suivons la route à pied sur quelques kilomètres. Le paysage est superbe. La ville est cernée par les formations karstiques (comprendre calcaire) que nous avions déjà tant aimées au Laos.
Après la balade, Ridel se charge de nous organiser la sortie de demain. Pendant le dîner, toujours aussi énorme, notre guide, Carlos, vient discuter avec nous pour voir ce que nous avons envie de faire et nous nous donnons rendez-vous à 9H00 le lendemain.
QUE C'EST BEAU !
Carlos vient nous chercher à l'heure dite. Il est accompagné de Yorisbel, qu'il nous présente comme son cousin. Nous ne comprenons pas bien ce qu'il vient faire, mais lui disons gentiment bonjour. En fait, une fois sortis de la maison, Carlos nous laisse et c'est Yorisbel qui nous sert de guide.
La randonnée est superbe. Nous traversons des champs de tabac, de maïs, de canne à sucre, de manioc, de pommes de terre … Nous faisons une halte chez un paysan qui nous prépare une mixture à base de jus de canne à sucre qu'il presse devant nous, de jus de pamplemousse et de rhum. Il nous fait ensuite une démonstration de fabrication de cigare roulé sur la cuisse. Il produit du tabac. Sa récolte est vendue à 90% à l'état, il commercialise les 10% restants aux touristes de passage. Trop peu pour nous, on est pas clients. Nous continuons avec une première grotte qui abrite une piscine naturelle dans laquelle on peut faire trempette. La grotte est dans le noir total et malgré les puissantes lampes dont nous sommes équipés la piscine reste aussi sombre que de l'encre et nous n'avons ni l'un ni l'autre le courage d'y mettre un pied.
Nous faisons du gymkhana entre les mogotes et arrivons à une seconde grotte, ouverte sur les deux extrémités celle-là, mais sans piscine … dommage. Nous traversons enfin une ferme bio où nous découvrons notamment des champs d'ananas (en fait, je ne savais pas comment ça poussait jusque là).
Nous rentrons chez notre petite famille à 14H et ne tardons pas à nous mettre à table. Claribel et Ridel nous rejoignent pendant le repas et nous discutons ensemble. Ils nous parlent de leurs conditions de vie et lèvent le voile sur les difficultés du peuple cubain : salaires de misère, impossibilité d'exercer son métier de façon normale par manque de moyens (pas de gants, pas d'eau …), absence totale de liberté (interdiction de sortir du pays ou même d'aller dans des villes qui sont réservées aux touristes), impossibilité de s'alimenter correctement, non seulement pour des raisons économiques mais aussi parce que certains produits sont exclus du marché pour n'être vendus qu'aux restaurants (bœuf, produits de la mer, produits laitiers...), etc.
Pour se procurer le strict nécessaire, les gens vont dans les magasins d'état, dont les étagères sont aux trois quarts vides et pour combler les manques achètent au noir.
Dans sa jeunesse, Ridel est sorti du pays pour effectuer des missions médicales internationales au Vénézuela et en Bolivie. Il a donc vu autre chose et se rend compte qu'ils sont privés de tout, Claribel, elle, en est moins consciente en n'ayant aucun élément de comparaison mais elle se promet qu'une fois que les filles seront plus grandes elle demandera à partir en mission elle aussi pour ne pas mourir en n'ayant vu que son île. Les médecins, à l'exception de ces missions à l'étranger, n'ont pas le droit de sortir, sous quelque prétexte que ce soit. Bref, à la fin de la conversation, j'ai juste envie de chialer. Et en plus, ils partagent tout ça avec toi sans se plaindre mais juste en énonçant des faits, et en étant curieux de comment ça se passe chez nous. Les pauvres, s'ils pouvaient s'imaginer ce qu'ils pourraient faire en étant gynéco et stomato en France … Non pas que l'argent fasse le bonheur … quoique !
Fatigués par la matinée et assommés par le témoignage de nos charmants hôtes, nous allons faire une sieste. Le soir, après dîner, nous allons faire un tour au centre culturel de la ville qui donne des concerts de salsa tous les soirs. Cubains et étrangers s'y mélangent sans aucun problème et chaloupent ensemble en sirotant des mojitos. Ambiance bon enfant assurée et bonne musique en prime … on nous fout dehors à la fermeture !
LES FLOTS BLEUS
Le jour suivant, après avoir enfilé nos maillots de bain et avoir pris le petit-déjeuner, nous allons au village, prendre le bus pour Cayo Jutias, devant l'agence Cubanacan. Situé à environ 65 km au nord-ouest de Vinales, Cayo Jutias est un îlot couvert de mangrove, relié au continent par une courte chaussée. Là s'étend une plage de sable blanc (Playa de las Estrellas) sur 3 km. Nous sommes un lundi, les seules personnes présentes sont donc des touristes. Cayo Levisa ayant la faveur des étrangers (plage un peu plus jolie mais 35 mn de bateau … j'ai choisi !), nous ne sommes pas très nombreux.
Malheureusement, le temps est couvert. Nous nous baignons malgré tout, équipés de nos lunettes de piscine. Après quelques mètres de nage, nous comprenons le pourquoi du nom de la plage : il y a plein d'étoiles de mer. Sans aller très loin, nous tombons sur quelques petits récifs où nous pouvons observer quelques poissons exotiques. Le déjeuner est programmé à 13H, dans le resto de la plage. Pas d'autre intérêt que remplir l'estomac. Les nuages ont dégagé, et nous nous pressons de retourner sur nos chaises longues. Il y a un peu de vent, ce qui n'est pas déplaisant vu qu'il fait chaud, mais ça souffle de plus en plus et finit par être désagréable. Pas de bol, bon, de toute façon il est l'heure d'y aller.
Au village, nous faisons un saut au bureau « internet », un réduit dans lequel deux ordinateurs se battent en duel et offrent une connexion web. Les horaires d'ouverture annoncés sur la porte vont jusqu'à 19H30, ce qui n'empêche pas le bureau d'être clos.
Nous rentrons à la maison. Le temps que j'avance un peu dans le récit de nos vacances et que Ludo fasse un peu de sport et il est temps de descendre prendre nos petits mojito et pina colada. Langouste au menu, après la soupe, les racines frites, la salade de tomates et avant la papaye confite avec des beignets … Maria est une fée.
Ridel et Claribel s'installent avec nous en fin de repas et nous reprenons notre discussion de la veille, en commençant par mettre en avant les points positifs du régime pour faire balance : la gratuité de l'éducation, le très faible taux de criminalité, le niveau d'expertise des médecins et l'accès gratuit aux soins. Ça compense un peu … jusqu'à ce que Claribel dise que quand tu es malade, tu ne peux quand même pas aller à l'hôpital, parce qu'il y manque toujours quelque chose pour que cela puisse fonctionner et qu'en plus il y a un cruel manque de médicaments.
Ridel nous rappelle que dans les années 50, Cuba était toujours en tête de liste en termes d'innovation (3ème pays dans le monde à mettre en place un réseau de chemin de fer, 2ème pays à installer le téléphone, la télévision, le frigidaire dans les foyers) alors qu'aujourd'hui ils ont un retard d'un siècle sur tout !
Pour ajouter un peu de crédit à Raul, on dit que tout de même à La Havane, on a vu dans le Centro de beaux immeubles en train d'être rénovés. Ridel nous explique alors que quand la réhabilitation d'un immeuble intéresse l'État (pour différentes raisons, mais souvent en faire un lieu lucratif pour touristes) les occupants de l'immeuble en question sont délogés, avec une promesse de relogement dans des conditions nettement meilleures que les actuelles. Ces gens sont ensuite parqués à l'extérieur de la ville, dans des camps (Ridel va jusqu'à les appeler camps de concentration) où ils sont évidemment en surnombre et vivent dans des conditions absolument terribles pendant des années, ne sachant pas quand ils seront relogés ni même si finalement ils le seront.
ET SI BOIRE DE L'EAU ETAIT BON POUR LE CORPS …
Hop, on enchaîne petit-déjeuner à 8H, départ en rando à 8H30. Il fait déjà chaud. C'est le cousin de Claribel, Yoel, qui nous conduit. A 4 km à l'ouest du village, nous découvrons le Mural de la Prehistoria. C'est une fresque de 80 m de haut sur 120 m de large, peinte sur le Mogote Dos Hermanas au pied de la Sierra de Vinales en 1961 par Leovigildo Gonzalez Morillo, disciple de l'artiste mexicain Diego Rivera. Quinze personnes ont mis 5 ans à la terminer. Les énormes escargots, dinosaures, monstres marins ainsi que les Indiens dessinés sur la paroi rocheuse évoquent l'évolution géologique et biologique de la région.
Nous continuons sur un petit sentier dans la Sierra, puis grimpons dans la montagne pour rejoindre le lieu de vie de la communauté de Los Aquaticos. Fondée en 1943 par les disciples d'Antonica Izquierdo, qui avait découvert les vertus curatives de l'eau à une époque où les paysans de la région n'avaient pas accès à la médecine conventionnelle, la communauté s'est établie à flanc de montagne. Il n'y a plus que deux familles qui y vivent. Même si elles respectent encore les principes de vie de la communauté (pas d'alcool, vie saine, utilisation de l'eau de source pour se laver, s'hydrater et se soigner), la tradition s'est peu à peu éteinte après la mort du dernier chef de la communauté, qui en l'occurrence était le grand-père de Claribel.
Nous faisons une pause dans une des maisons restantes, pour souffler un peu (le soleil cogne carrément), profiter de la vue fantastique sur la vallée et les mogotes, boire un verre de jus de canne extrait en direct live et évidemment goûter la fameuse eau (sans saveur particulière, mais qui donne une impression de douceur en bouche).
Sur le chemin du retour, Ludo et Yoel montent un escalier-échelle pour entrer dans une grotte un peu en hauteur. Je reste à l'ombre dans un petit courant d'air, en bas.
Quand nous arrivons à la maison, Claribel est là. En fait, il n'y a ni eau ni gant à la clinique et ils ne peuvent donc pas travailler. Les toubibs sont alors renvoyés chez eux, en restant rémunérés bien sûr (vu ce qu'ils sont payés, il ne manquerait plus qu'on le leur sucre quand le matériel fait défaut). Elle est curieuse de connaître nos impressions sur le site de Los Aquaticos et nous parle avec émotion de son grand-père. Nous déjeunons en compagnie de Claribel et de Maria qui nous font la causette à propos de la région, des filles etc. Claribel nous dit que si cela nous dérange pas, nous dînerons tous ensemble ce soir. Plutôt deux fois qu'une !!
Nous faisons un tour au village, pour faire les réservations de bus et de logement pour notre prochaine étape, Las Terrazas. Nous nous arrêtons à nouveau au bureau internet. Cette fois, c'est ouvert. La dame qui est là m'explique qu'il faut acheter une carte pour utiliser les ordinateurs. Très bien, je lui demande qu'elle m'en vende une. Impossible, elle n'en a pas ! Bon, et sinon on peut en trouver où ? Dans les hôtels. Il y a deux hôtels à Vinales, qui sont tous deux à plusieurs kilomètres du village. Je n'ai pas le courage et nous rentrons plutôt faire une sieste.
Ludo part courir pendant que je pianote sur l'ordinateur (je n'en finis pas de finir l'Inde !!) et trie les médicaments que nous allons laisser à Claribel et Ridel.
A 19H30, nous descendons voir ce qui se passe et Ludo prépare le foie gras et le pain de seigle que les filles nous ont amenés pour les déguster en famille. Nous passons à table, Ridel sort une bouteille de vin du coin (on ne peut pas dire qu'il est mauvais, il a juste le goût d'un vin cuit, ce qui avec le foie gras n'est pas désagréable). Après la soupe de légumes, paella, fruits, flan aux œufs Ah, il faut avoir l'estomac bien accroché, hein !Les discussions sont apaisées, la présence de Maria fait que nous évitons toute critique du système.
Je règle la note à une Claribel presque gênée de devoir nous demander de l'argent et nous partons, avec Yoel, au centre culturel écouter de la salsa et boire quelques mojitos. Encore une fois, la musique est de bonne qualité. Au bout d'un moment, c'est un mélange de salsa et d'électronique qui passe et nous osons enfin aller bouger nos corps sur la piste. Comme d'hab, nous quittons les lieux à la fermeture (1H).
ADIOS AMIGOS
Nous nous levons assez tardivement, descendons prendre le petit-déjeuner. Claribel et Ridel sont au boulot, c'est donc Maria qui s'occupe de nous. Yoel vient également nous tenir compagnie. Nous montons nous rallonger un moment avant de nous préparer et faire nos sacs.
A une heure et quart, nous nous mettons en branle pour aller prendre le bus. Au rez de chaussée, tout le monde est là, revenus pendant la pause déjeuner pour nous dire au-revoir et nous préparer des sandwiches pour le voyage (des anges descendus sur Terre !). Maria nous demande si nous revenons l'an prochain et paraît très déçue quand nous lui répondons par la négative. Yoel, lui, me serre dans ses bras en me disant qu'il m'attendra jusqu'à notre retour. Nous partons, après moult embrassades, le cœur serré.
LES CABANES DE L'AMOUR
Le bus arrive à Las Terrazas à 16H. Il nous dépose au centre de réservation qui gère les randonnées dans le parc. Il faut prendre un taxi pour aller jusqu'aux cabanes, qui sont à 5 km. Il y en avait effectivement un à notre descente du bus, mais il a pris 4 autres touristes et doit revenir nous chercher. En l'attendant, nous discutons avec un des guides, qui nous occupe en nous parlant des différentes possibilités qu'offrent la commune : rando, resto, lac, village, rivière... tout ça dans un français presque parfait.
Nous rejoignons nos petites maisons de bois sur pilotis, au bord de la rivière. Ils les appellent cabanas rusticas et les surnomment cabanes de l'amour (ça, je ne sais pas pourquoi). Il est vrai que l'équipement est sommaire (ça se résume à la literie) mais c'est mignon et l'environnement naturel est très chouette. Et puis ça nous donne l'occasion d'utiliser nos supers sacs de couchage, ce qui est assez rare (on les trimballe depuis 5 mois, autant qu'ils servent de temps en temps !). Un restaurant jouxte la zone des cabanes. C'est là que nous devons prendre les petits-déjeuners, qui font partie de la prestation. En revanche, cela ferme à 18H, donc pas moyen d'y aller dîner. Pour ça, il faut aller au village, qui est à 3 kilomètres de là, de quoi raffermir les gambettes.
Nous installons nos affaires et partons derechef au village. La route qui y mène est bordée de collines boisées et pas une voiture n'y passe, ce qui en fait un joli chemin de randonnée. Le village, lui, n'est pas particulièrement charmant. Au pied de la butte sur laquelle il est posé, il y a bien un petit lac artificiel mais qui n'a rien de formidable. La nuit tombe et nous nous mettons en quête de l'endroit où nous allons passer la soirée. Nous n'avons pas pris le guide et devons nous fier aux panneaux indicateurs que nous croisons. L'un d'entre eux fait mention de l'éco-restaurant sur lequel nous avons lu quelques lignes très positives dans le Lonely, mais comme le nom prend tout l'espace du panneau, il n'y a pas de flèche … pas très pratique. A force de tourner et virer, on arrive à l'Hôtel Moka, un quatre étoiles qui surplombe la ville. Nous allons boire une limonade au bar et demandons de l'aide pour nous rendre au Romero, le fameux resto écologique. C'est juste au pied de l'hôtel. Très bien, cela nous évitera de prendre un coup de bambou au resto de l'hôtel chic.
Le Romero est donc un éco-restaurant, unique en son genre à Cuba. En fait, son fonctionnement prend en compte un certain nombre de principes écologiques (énergie solaire, gestion des déchets, cuisine végétarienne à base d'herbes et de légumes bio cultivés sur place, production de miel) et diététiques (la nourriture doit faire du bien au corps). La carte est bien fournie et trois tailles sont proposées pour chacun des mets et des boissons, ce qui permet de goûter différentes choses ou/et d'adapter ta consommation à ton appétit plutôt que de jeter de la nourriture (ce qu'ils ne font pas d'ailleurs, ce qui n'est pas consommé sur place est emporté dans un doggy-bag), ce qui est assez intelligent. Les légumes diffèrent de ceux que nous avons l'habitude de manger (spirale de manioc et gnomes par exemple … tu en as pas des tonnes sur les marchés du 16ème !) et tout est délicieux. Leur pain aux céréales maison qui sort du four tartiné de pâte de fromage aux herbes est juste à tomber à la renverse (comprenez nous, du fromage avec du goût, c'est pas souvent !). Bon, on se régale quoi. Heureusement, il y a le chemin du retour pour éliminer avant d'aller se coucher. Le vent souffle très fort et la cabane tangue, mais telle le roseau elle plie mais ne rompt pas … ouf !!
BALADE AU MILIEU DES PALMIERS
Lever matinal dans la petite cabane ajourée. Ludo a le courage d'aller se mettre sous la douche froide, moi je me jette sur les lingettes.
Nous prenons le petit-déjeuner au resto à côté, et filons en direction du village, pour aller à l'hôtel Moka, qui fait également centre d'information pour les excursions, en espérant que cela nous évitera de pousser jusqu'au centre de réservation. Mais la fille du poste d'information nous dit que pour les rando, c'est là-bas qu'il faut aller. Qu'à cela ne tienne, nous ne sommes pas à 1 km près.
Avec tout ça, il est quasiment onze heures, mais nous avons de la chance et il reste un guide dispo qui attendait un groupe qui devait arriver avec le bus de La Havane qui a annulé à la dernière minute. Nous partons pour une marche de 3 heures, la randonnée El Contento. Le guide parle assez bien français et anglais parfaitement. Il peut donc nous expliquer tout un tas de choses sur l'histoire, la faune et la flore du coin.
En fait, la région était habitée par des charbonniers qui ont peu à peu décimé la forêt locale. Une fois sans bois, les conditions de vie des habitants sont devenues très difficiles et tout échange commercial inexistant. Le gouvernement a alors imaginé un grand programme de reboisement. Pour cela, les paysans charbonniers, disséminés dans la montagne, devaient lui céder les terres. En contrepartie de quoi, soit l'état fournissait une maison dans le village nouvellement construit, soit il relogeait les personnes sur de nouvelles terres agricoles, dans la vallée. Attirés par un meilleur confort de vie (eau potable, électricité, école), la grosse majorité des familles est venue s'installer au village. L'idée première du gouvernement était de relancer l'économie de la région en réimplantant des arbres, y compris certaines espèces exotiques (tek, eucalyptus, pin d'Amérique centrale) sur des terrasses qui éviteraient le phénomène d'érosion et en en organisant la coupe. Mais une fois la végétation revenue, l'Unesco est venue mettre son nez là-dedans et a déclaré le site réserve de biosphère. Du coup, plus question de coupe. L'état a alors négocié qu'une exploitation partielle et sélective puisse continuer à être faite. C'est donc à cette situation que nous sommes rendus aujourd'hui. Le résultat est une végétation très fournie et très diversifiée, dont émergent les palmiers qui ont ressurgi de façon naturelle.
La faune, elle, n'est pas très riche à l'exception des oiseaux. Nous en voyons quelques spécimens, dont le tocororo, oiseau national dont le plumage est bleu blanc et rouge, tout comme le drapeau du pays.
La promenade est très agréable. Nous sommes sur un sentier au milieu des arbres et gravissons la montagne. La vue sur la vallée est belle. Au cœur de la forêt restent des ruines d'anciennes plantations de café, bâties par des Français venus d'Haïti, qu'ils ont ensuite abandonnées au milieu du XIXe pour partir en Louisiane.
En effet, le Brésil ayant obtenu l'indépendance, son café était meilleur marché que le café cubain, pour lequel les importateurs devaient payer des taxes à l'Espagne. De plus, deux ouragans ont dévasté une partie des plantations en 1846 puis 1848, décourageant les Frenchies dans leur exploitation. Enfin, les rébellions des esclaves devenaient de plus en plus fréquentes. Bref, ils ont quitté le pays, un peu du jour au lendemain, pour aller voir si l'herbe était plus verte aux US.
Après 2H30 de marche, nous sommes de retour à notre cabane. Nous nous installons sans tarder sur la terrasse du restaurant qui surplombe le Rio San Juan. Il fait soleil, la bière est fraîche, et le poulet tout comme le porc, grillés, fondent dans la bouche.
Le reste de l'après-midi, c'est récupération. Après les 13 km de ce matin, 7 autres nous attendent pour faire le chemin aller-retour jusqu'au village pour aller dîner. Nous lisons, Ludo part faire une mini balade le long de la rivière et on finit par un Scrabble. Notre estomac nous informe qu'il est l'heure de nous mettre en route. Nous cherchons pendant un moment un restaurant La Fonda de Mercedes, mais ne le trouvant pas, nous retournons au El Romero. C'est toujours aussi délicieux, mais nous faisons plus light (y a pas de mal, hier nous étions gavés !), ça rend le retour plus facile.
CHANGEMENT DE PROGRAMME
Nous nous levons à 8H, de façon à être prêts à 8H30, heure de démarrage du service du petit-déj, pour ensuite marcher jusqu'au centre de réservation et arriver au plus tard à 9H30.
Le timing commence à être perturbé par le fait que le resto n'est pas du tout ouvert à 8H30, les serveurs étant juste en train d'arriver. En nous préparant, nous nous rendons compte qu'il nous reste très peu de cash, or à Las Terrazas, il n'y a pas de banque. Nous décidons donc de changer quelques dollars à l'hôtel Moka. Ce qui nous vaut un faux départ parce que nous oublions de les prendre et faisons donc marche arrière. Allez, c'est parti. Ah, non, j'ai oublié la carte de téléphone, or on doit appeler Élisabeth pour lui dire qu'on va passer une nuit chez elle qui n'était pas prévue et prévenir notre logeuse de Playa Larga que nous ne serons là que le lendemain. Bon, on peut y aller. Mince, j'ai oublié la carte de visite d'Élisabeth … Bref, l'heure passe et nous tombons sur deux Alsaciens, Stéphane et Jean-Bernard, qui logent également dans les cabanes. Ils partent en randonnée et prennent la route en début d'après-midi pour Cienfuegos. On discute deux secondes, et on prend le chemin du village. Et là, on se dit qu'on pourrait peut-être partir avec eux, que cela nous éviterait de passer une nuit inutile à La Havane …. marche arrière toute, nous retournons les voir pour leur demander s'ils veulent bien de deux passagers supplémentaires, chargés de gros sacs. Ils ont une grande voiture, il reste de la place, il n'y a pas de problème, l'affaire est entendue, nous avons rendez-vous à 14H au resto sur le lac du village.
Avec tout ça, il est près de 10H. Le temps d'arriver au centre de réservation, tous les guides seront partis, et de toute façon, nous n'avons plus le temps de faire une longue marche avant le moment du départ. Conclusion, nous partons tous seuls sur des chemins qui partent de la petite route qui mène au village.
Nous nous trouvons quelques fois bloqués par des zones militaires fermées et rebroussons chemin pour repartir sur le premier nouveau sentier venu. On se fait une petite balade de 1H30 et rentrons préparer nos affaires.
Nous commandons un taxi par talkie-walkie (il n'y a pas de téléphone) et nous rendons au village, où nous passons à l'Hôtel Moka changer quelques dollars (qui sont sous-évalués à Cuba) et téléphonons à notre logeuse à Playa Larga pour la prévenir que nous arriverons avec un jour d'avance. Nous nous rendons au restaurant qui est le point de rendez-vous et attendons nos chauffeurs tout en déjeunant.
A 14H, nous prenons la route. Les Français ne parlant pas espagnol, c'est moi qui suis chargée de la communication avec les locaux pour trouver notre chemin. Nous interpelons des personnes sur le bord de la route à plusieurs reprises (mon sens de l'orientation et l'accent du terroir ne m'aident pas beaucoup dans mes nouvelles fonctions) et finissons par trouver l'embranchement de l'autoroute pour Cienfuegos. A 17H, Stéphane et Jean-Bernard nous larguent au croisement de l'autoroute avec la « nationale » qui va jusqu'à Playa Larga. Nous avons de la chance, juste à l'endroit où ils nous déposent, il y a une agence Cubanacan et une petite cafétéria. Il n'y a qu'à rentrer et demander comment nous pouvons aller jusqu'à Playa Larga. L'employée très aimable appelle un taxi et nous parle des différents centres d'intérêt de la région : parc national de la Cienaga de Zapata et plages.
La Cienaga de Zapata est le plus vaste marécage de Cuba. Il abrite l'un des écosystèmes les plus diversifiés du pays. Il est constitué en réalité de deux marécages séparés par une étendue rocheuse, et ses 14 différentes formations végétales comprennent la mangrove, la forêt, la forêt sèche, les cactus, la savane, la jungle et la forêt semi-feuillue, sans oublier de vastes marais salants. Les marécages et la mangrove sont les habitats de 190 espèces d'oiseaux, 31 variétés de reptiles, 12 espèces de mammifère, nombre d'amphibiens, poissons et insectes. On y compte 1040 variétés de plantes, dont certaines endémiques. Cette région sert aussi d'habitat au lamantin, au crocodile de Cuba et à l'alligator gar, le reptile le plus primitif de Cuba. On devrait avoir de quoi faire au niveau observation de la faune et de la flore.
Les plages ne sont pas en reste : 30 km de littoral (en fait, il s'agit de la célèbre Baie des Cochons) qui offrent des trésors sous-marins pour les plongeurs (tombant de 30 à 40 mètres qui a entraîné la création d'un mur de corail haut de 300 m avec des trous, des grottes, des gorgones et quantité de poissons). La transparence de l'eau fait que la visibilité est bonne et que les possibilités de snorkeling sont déjà très agréables.
Plage et nature, le mix idéal.
Juste le temps de prendre un bon café cubain pour Ludo et notre taxi est là. Nickel.
Notre logeuse, Dayami, nous accueille et nous montre notre nouvelle maison, ou demie maison : le rez de chaussée (salon, salle de bains, chambre, cuisine) nous est réservé. Parfait. En attendant qu'elle nous prépare le dîner (elle nous donne le choix entre crocodile, langouste ou poisson … c'est le croco qu'on va avaler, honte à nous, on vient ici pour le voir et au final on le mange !), Dayami nous propose d'aller faire un tour sur la plage, qui est à quelques mètres. Des palmiers en pagaille, du sable blanc … le programme s'annonce pas trop mal. Le dîner est copieux et délicieux. En fin de repas, Dayami vient discuter avec nous. Elle est un peu perturbée parce que le lendemain matin, elle a un examen. Comme les études sont gratuites, elle suit des cours de droit depuis 5 ans. Elle nous explique qu'elle a arrêté de travailler en tant que biologiste parce que l'état paye trop mal et que c'est plus rentable pour elle de s'occuper des touristes à qui elle loue la chambre. Concernant le droit, elle ne sait pas à l'heure actuelle comment elle l'exploitera professionnellement, mais comme étudier est gratuit, autant gonfler au maximum son bagage, on ne sait jamais.
Cette formule chez l'habitant est vraiment géniale. Non seulement parce que tu es reçu comme un prince, que la cuisine est excellente et exclusivement locale, mais que tu as un rapport direct avec les gens et que tu vois comment ils vivent. Je n'espère qu'une chose, c'est qu'on retrouve ce système en Amérique centrale et en Amérique du Sud.
ON SE LA COULE DOUCE
La première journée à Playa Larga commence par une séance plage. On fait une petite centaine de mètres et nous installons. Nous sommes seuls sur la plage qui fait plusieurs kilomètres. L'amie de Dayami qui nous a servi le petit-déjeuner (pour cause d'examen) nous a expliqué que pour les Cubains à l'heure actuelle il n'était pas question d'aller à la plage, il fait beaucoup trop froid. T'as raison, il fait grand soleil !! L'eau est un peu fraîche (24°), mais une fois que tu y es, un vrai régal. Nous mettons nos lunettes, mais pas grand chose à voir, nous ne sommes vraisemblablement pas assez loin. On bronze peinards. Je retourne à l'eau pour me rafraîchir et là je découvre de très gros crabes (de la taille d'un tourteau), dont la carapace a des reflets bleu et orange. Quand tu t'approches d'eux, ils ouvrent les pinces d'un air menaçant mais se font la malle aussi vite qu'ils peuvent. J'appelle Ludo et on joue à les poursuivre pendant un moment … un rien nous amuse.
En milieu de journée, nous levons le camp. Nous passons nous doucher et sommes prêts pour aller à la banque. Mince, c'est Dayami qui a nos passeports et nous ne pouvons pas retirer d'argent sans ça. Or, Dayami n'est pas à la maison. Nous attendons un quart d'heure et la voilà arrivant avec son mari en Jeep. Pour la banque, Dayami nous dit que c'est loupé, nous sommes samedi et elle ferme à 12H. Merde, il faut qu'on fasse davantage gaffe aux jours de la semaine. Il y en a qui travaillent, il faut pas qu'on l'oublie ! Donc, pas de banque avant lundi. Il y a une possibilité de change à l'hôtel du village.
Le mari de Dayami qui est sur le point de partir se faire couper les cheveux nous propose de nous déposer. Cela nous donne l'occasion de faire un tour en Jeep russe.
Une fois le porte-monnaie un peu renfloué, nous restons déjeuner à l'hôtel (grillade de poisson, langouste et crevettes pour moins de 10 €, ça ne se refuse pas !). Avant de partir, nous demandons à tout hasard s'ils ont un accès internet. Miracle, ils ont deux ordinateurs connectés qui fonctionnent avec des cartes (4 € pour 30 minutes). OK. Ça rame tellement qu'en une demie-heure, tu as tout juste le temps d'ouvrir ta boite de réception de mails, de supprimer tous ceux qui sont inutiles, d'en lire 3 et d'en envoyer 2. Je suis en train d'essayer de me connecter au blog quand la connexion s'arrête. Tant pis.
Nous rentrons à la maison par la ville, qui est en fait une continuité de maisons. Sur le kilomètre que nous parcourons nous ne voyons pas un seul commerce, quel qu'il soit. Ludo et moi faisons travailler notre mémoire et notons ce que nous avons fait depuis notre arrivée à Cuba. Ensuite, Ludo part courir pendant que j'écris. A son retour, Dayami nous appelle. Elle a fait venir un ami à elle qui travaille pour le parc et qui peut nous organiser une excursion à la carte pour le lendemain à un tarif très modeste. Normalement il faut une voiture pour aller jusqu'à l'entrée du parc, et les taxis ne sont pas bon marché. Eddie, très gentiment, nous propose de nous y conduire en Jeep et de nous récupérer une fois la balade dans le parc terminée. Super, le programme est calé. Ludo sirote un rhum avec les autres hommes, puis nous dînons. La soirée est tranquille. En même temps, on a l'impression d'être dans une discothèque vu le volume de la musique chez le voisin. Et puis, c'est pas comme si il était mélomane !!
NATURE ET PLAGE : COCKTAIL DE RÊVE
Le rendez-vous avec Eduardo a été fixé à 9H. Tout le monde est sur le pont. Dayami a décidé de venir avec nous, pour faire des photos et pouvoir faire un book pour les touristes qu'elle héberge et leur proposer des excursions de façon imagée. Elle a déjà constitué un joli album avec des photos de plongée.
D'un coup de Jeep, nous voilà à la Cueva de los peces (autrement dit, la grotte des poissons), une immense faille tectonique inondée, profonde de 67 mètres. Elle héberge d'innombrables poissons tropicaux, l'eau est d'une transparence incroyable et on peut y plonger. Nous ferons juste venir les poissons à nous en leur jetant quelques miettes de pain … festival de couleurs.
Nous repartons en voiture jusqu'à l'entrée du Sentier de l'Énigme des Roches. Il chemine dans une forêt semi-feuillue, sur un sol très rocailleux, où plein de grottes, plus ou moins grandes, ont été créées par le jeu des plaques tectoniques, la plupart d'entre elles étant inondées. Eduardo nous explique comment l'écosystème créé fonctionne.
Nous croisons quelques animaux, notamment des oiseaux. Le vol d'une grande chouette blanche nous surprend. Eduardo nous conduit sur la paroi de la grotte où elle a installé son nid. Trois petits l'y attendent. Effrayés par notre présence, ils se mettent à souffler en faisant un drôle de bruit et à gonfler leur plumage. C'est comme ça qu'ils procèdent pour faire croire aux prédateurs qu'ils sont beaucoup plus imposants qu'ils ne le sont en réalité.
Dans les eaux des grottes inondées, on peut voir de gros crabes et Ludo voit également une tortue (que je loupe). Il s'agit d'une tortue terrestre, qui vient se baigner là. Assez étonnant également, un énorme Bernard l'ermite dans une belle coquille d'escargot, dont il ne sort pas tant que nous sommes là. Celui-là, contrairement à ses petits copains sur la plage, nous ne nous amusons pas à lui faire faire la course.
La balade dure une bonne heure. Nous changeons ensuite d'endroit, pour aller dans une grotte, qui n'est connue que des gens qui bossent là, et qui n'est pas visitée par les touristes. Elle abrite des milliers et des milliers de chauve-souris papillon. Nous avons de la chance, à l'entrée de la grotte un boa prend le soleil. Il n'est pas effrayé par notre présence et nous pouvons vraiment nous en approcher. Il finit tout de même par se déplacer, très lentement.
Le plafond de la grotte est très bas et très vite, il y fait nuit noire. C'est pour ça qu'elles y sont si bien, ces petites chauve-souris. Quand nous arrivons avec les lampes, elles se mettent un peu en mouvement. Mais il n'y a pas qu'elles. Le sol est jonché d'insectes : cafards se nourrissant de leurs déjections et vers grouillants. Ça, c'est pas génial. D'autant moins que comme les chauve-souris se mettent à voler au fur et à mesure que tu avances et que tu es sur leur chemin vers la sortie de la grotte, tu es obligé de t'accroupir … Mais le spectacle fait qu'assez vite j'oublie les insectes. Plus on avance, plus la concentration des petits mammifères accrochés au plafond est impressionnante. Eduardo dit qu'il y en a des millions... Il fait chaud dans la grotte et puis on les dérange, donc on ne reste pas des heures.
Dayami (qui a peur des chauve-souris et n'est pas venue) et Eddie nous attendent à la Jeep. Sur le chemin du retour, il y a un spot de snorkeling (Punto Perdiz) et la petite troupe nous propose de nous arrêter pour que nous profitions des jolis fonds. Bon, OK pour un plouf rapide, on ne veut pas abuser de leur patience (eux, ils attendent dans la voiture !). L'eau est translucide et dès les premiers rochers sur le fond sablonneux, les poissons tropicaux s'agitent. Nous n'avons pour seul équipement que nos lunettes de piscine, mais cela suffit pour en prendre plein les yeux. On reste une bonne demie-heure dans l'eau et retrouvons nos compagnons.
Eddie nous dépose à l'hôtel Playa Larga, pour que nous y déjeunions (les restos se battent en duel dans ce village) et que nous retournions sur internet une petite demie-heure pour quelques opérations pratiques (vérification des comptes bancaires par exemple) et mettre un mot sur le site pour dire que nous sommes bel et bien vivants.
Nous nous installons ensuite sur la plage, où nous tapons un petit roupillon. En fin d'après-midi, le temps se gâte et nous faisons la course contre les nuages sur le chemin de la maison. Nous perdons lamentablement et rentrons mouillés.
Le soir, Dayami a la migraine et c'est Eddie qui prend soin de nous (langouste grillée au menu … yes !). Notre pauvre logeuse fait quand même l'effort d'organiser notre journée du lendemain : un taxi viendra nous chercher à 8H00 pour aller au bureau du parc chercher un guide et nous acquitter des droits d'entrée avant d'aller sur la zone appelée Laguna de las Salinas observer les oiseaux … une vraie mère.
DU ROSE QUI VIRE A L'ORANGE
Le taxi a un quart d'heure de retard : il a eu un problème avec sa voiture et a du en emprunter une à un ami. Il s'agit d'une Chevrolet 1954 verte, moteur 6 cylindres d'origine (ah ben pardon d'utiliser les termes techniques, j'ai bossé pendant plus de 6 ans pour des magazines automobiles tout de même !!). Trop belle. Nous nous étalons à l'arrière et allons au bureau. Le chauffeur attrape un guide qu'il connait et nous entrons payer les 10 CUC par personne d'accès au parc. Deux autres touristes sont là, en attente d'un éventuel groupe sur lequel se greffer. Allez hop, on embarque les deux grands Hollandais avec nous (ce qui nous permet de réduire les frais), en plus du guide. On est un peu plus à l'étroit, mais vue la taille de l'habitacle l'espace reste confortable.
Il fait gris et c'est bien dommage. Las Salinas est un ensemble de lagunes qui accueille des nuées d'oiseaux migrateurs. Près de 10 000 flamands roses peuvent s'y rassembler en une fois, ainsi que plus de 190 autres espèces d'oiseaux. Nous n'en verrons pas autant …
La route traverse tout d'abord la forêt, puis longe des marécages et des criques, où l'on peut observer des oiseaux aquatiques. Ceux que nous verrons en nombre sont les flamands, les cormorans, les canards, les aigrettes, les hérons gris bleus, les vautours (qui ne sont pas aquatiques et sont très nombreux dans tout le pays … Ludo dit qu'ils me cherchent), les spatules et des petits noirs et blancs aux pattes très roses dont on n'a pas retenu le nom. Ce qui est étonnant, c'est la couleur des flamands. A force de se gorger de micro-crevettes, ils sont roses flashy et certains vont même jusqu'à un orange soutenu (photo à l'appui) !
Les nuages sont peu à peu chassés par un vent de plus en plus fort, mais trop tard pour améliorer notre matinée.
Notre taxi de luxe nous dépose à la banque, qui est enfin ouverte. Ouverte, oui, mais on ne peut pas y entrer : l'équipement pour les cartes bleues est cassé et on ne pourra retirer de l'argent qu'à partir du lendemain après-midi, c'est à dire après notre départ ! Heureusement, un bureau de change est à côté et nous pouvons y liquider les dollars qu'il nous reste (même si ça fait mal de les lâcher à un taux de 0,80) pour pouvoir payer Dayami et prendre le bus jusqu'à Cienfuegos.
Après ça, on suit le rituel du déjeuner à l'hôtel Playa Larga, précédé cette fois d'un apéro et de quelques parties de 421. Le vent souffle trop fort pour lézarder sur la plage. Nous rentrons paisiblement, bouquinons, faisons une sieste. Dayami nous réveille en venant rapporter notre linge qu'elle a lavé (vraiment, elle exagère !), à la suite de quoi nous passons du temps à réorganiser la fin de notre séjour cubain et à réviser le budget quotidien des 6 mois à venir (révision à la baisse, malheureusement … finis les palaces, les restos gastronomiques, les trajets en bus 1ère classe, on va voyager roots pour de vrai : tente, racines à sucer, autostop, etc … maman, je plaisante, on fera pas d'autostop !).
Ça ne nous coupe pas l'appétit pour autant et on dévore le poisson grillé que Dayami nous a préparé.
Après le diner, notre maman d'adoption a la gentillesse d'appeler nos futures logeuses pour les avertir des modifications que nous souhaitons apporter à nos réservations et de rencarder le voisin pour qu'il nous amène à Cienfuegos avec sa Lada le lendemain matin. Ensuite, nous discutons en fumant une cigarette cubaine (tabac brun qui arrache un tantinet). Voilà, notre séjour à Playa Larga touche à sa fin.
CIENFUEGOS
Enrique nous conduit donc à Cienfuegos, où nous arrivons en fin de matinée. Nos logeurs occupent une très grande maison, à deux pas du centre ville, où nous partons tout de suite.
S'élevant autour d'une paisible baie naturelle, Cienfuegos est une cité maritime qui offre un paysage magnifique. Fondée en 1819 (par un Français de Louisiane), c'est l'une des villes les plus récentes de Cuba et également l'une des plus homogènes du point de vue architectural, ce qui lui a valu d'être inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 2005. Elle est divisée en deux parties distinctes : le centre agrémenté de colonnades, de maisons coloniales et du parc Jose Marti et Punta Gorda, une fine bande de terre qui s'avance dans la partie sur de la baie et qui abrite un éventail de palais éclectiques du début du XXe siècle ainsi que d'adorables « maisons particulières ».
Nous commençons notre balade par le Parc Marti, dans le centre. L'appellation de jardin public lui siérait mieux, étant donnée sa taille. Le parc est joliment entouré d'une série de monuments et bâtiments qui sont impressionnants : arc de triomphe commémorant l'indépendance cubaine, Teatro Tomas Terry, d'inspiration italienne, Casa de la Cultura Benjamin Duarte, édifice néoclassique doté d'une coupole, Catedral de la Purisima Concepcion, le Palacio de Gobierno, siège du gouvernement provincial, le Museo Provincial et enfin la Casa del Fundador, l'édifice le plus ancien de la ville.
Nous nous posons sur un banc à l'ombre (il tombe du plomb) pour grignoter un déjeuner minimaliste. Nous profitons également d'être dans le quartier pour jeter un œil aux excursions proposées par les agences de voyage. Les prix ne sont pas hyper convaincants.
Pour passer du centre à Punta Gorda, il faut descendre le Paseo del Prado et le Malecon. Le Paseo est la plus longue artère de Cuba. Il est bordé de quantité de belles maisons néoclassiques et de colonnes peintes dans les tons pastels. En direction du sud, le Paseo devient le Malecon, offrant un point de vue sur la baie (le Lonely dit qu'elle est considérée comme l'une des plus belles du monde, mais je crois que certains contributeurs se droguent !). Quand le Malecon quitte le front de mer, c'est qu'on est arrivé à Punta Gorda, l'ancien quartier huppé de Cienfuegos, qui se caractérise par ses maisons à bardeaux et ses palais à tourelles.
Une fois que nous avons atteint la pointe de Punta Gorda, où on fait à nouveau face à la mer, et après que j'ai fait une mini sieste sur le parapet au soleil, nous rebroussons chemin.
On passe à l'agence Cubanacan pour acheter nos billets de bus pour Trinidad et se renseigner sur la location de motos (nous avons vu un loueur sur notre chemin, mais qui était fermé), ce qui serait une bonne solution pour aller visiter le lendemain le jardin botanique et aller un peu à la plage, qui sont tous deux à 18 km de la ville. La fille nous confirme que le loueur que nous avons vu est fermé et nous indique un autre endroit : La Bolera, qui est aussi une salle de jeux. Très bien, nous y passerons demain matin. Dans l'immédiat, nous continuons à arpenter les rues de la ville, au hasard.
Nous rentrons à la casa en fin d'après-midi et dînons là-bas (la cuisinière est absente depuis quelques jours, mais Ileana nous concocte un repas pour ogres très honorable malgré tout). Après ça, nous optons pour une promenade digestive et allons voir ce qui se passe autour du Parc Marti, dont le guide vante les animations nocturnes. Il n'est pas 22H et tout est fermé ! Nous nous posons tranquillement sur un banc pour profiter de la fraîcheur du soir et rentrons nous coucher.
QUELQUES DYSFONCTIONNEMENTS
Comme prévu, nous partons à la recherche de la Bolera. Le guide dit que c'est au même endroit que Tropisur. On trouve facilement Tropisur, qui est un espace à ciel ouvert, où il y a plusieurs petits bars, et où les gens prennent le petit-déjeuner à la bière ou au rhum. Nous demandons à un des barmen où il faut s'adresser pour louer une moto. Il nous regarde bizarrement et je lui explique donc que l'agence Cubanacan nous a dit de nous adresser à La Bolera. En fait, ce n'est pas là, mais à quelques numéros au dessus sur le boulevard. Il nous dit qu'il n'est pas sûr qu'il y ait des motos ou que ce soit ouvert et que si nous avons un problème, que nous n'hésitions pas à revenir le voir, il nous aidera à chercher ailleurs. Nous trouvons effectivement La Bolera et c'est confirmé, il n'y a pas de moto. Nous retournons à Tropisur. Le gars demande à un de ses collègues d'appeler le Club Cienfuegos pour nous. Il s'exécute. La ligne est occupée. Plutôt bon signe. Il essaie à nouveau quelques minutes plus tard, a quelqu'un au téléphone qui lui dit que c'est bon, on peut y aller. Super, merci beaucoup.
Nous allons donc au Club Cienfuegos, sous un soleil de plomb. Quand nous arrivons, les mêmes dizaines de scooters que la veille sont là, mais en plus il y a trois hommes qui sont devant la guitoune de location. On leur dit qu'on vient pour louer une moto. L'un d'entre eux nous répond qu'il n'y a pas de moto, qu'elles sont toutes HS. Je lui rétorque en colère que qu'un employé de Tropisur les a appelés pour nous et qu'on lui a répondu que c'était OK. Le gars me dit qu'il n'en sait rien, que ce n'est pas lui qui a eu l'appel, mais que de toute façon toutes les motos sont en panne. En clair, trois mecs sont payés à passer leur journée à garder des scoots qui sont en panne et qu'on ne fait pas réparer … une des anomalies du système.
Dépités, nous remontons vers le centre ville, écrasés de chaleur, et allons à l'agence Cubanacan pour leur demander s'ils ont une excursion à la plage qui débuterait en milieu de journée … avec ces conneries, il est 11H30 !
Il y a un bus public qui part de la gare omnibus à Rancho Luna toutes les deux heures. D'après les calculs de la fille, il devrait y en avoir un à midi. Nous nous pressons de rejoindre la gare routière, qui n'est pas très loin et achetons vite un billet. Le prochain bus partira à 13H. C'est pas grave, on s'abrite à l'ombre et on attend. Notre statut privilégié d'étranger fait que le contrôleur qui est chargé de l'accès aux plateformes nous a laissé passer bien avant l'heure au lieu de nous laisser attendre parmi le tas de gens qui s'amasse devant la porte. Et quand le bus arrive, on apprécie doublement : il s'agit d'une bétaillère, dans laquelle un Argentin et nous-mêmes rentrons avant tous les autres vu que nous sommes déjà sur le quai, arrive ensuite en courant la foule … Comme dans toutes bétaillères, il y a très peu de sièges. Ludo laisse le sien à une jeune femme avec un enfant (que cet homme est bon !) et se retrouve un peu serré contre la vitre. 45 mn de route, 40 mn de brimbalement … comme dirait Carole, soutien-gorge de sport obligatoire !
On arrive à la plage, et c'est ça qui compte ! Elle est assez belle, il y a des paillotes, un lifeguard qui n'est pas désagréable à regarder, il fait beau … on va pas se plaindre. Non, on va plutôt se baigner, bronzer, lire et immanquablement finir par plonger dans une sorte de coma, dont on se réveille tout transpirant, la tête un peu cotonneuse et en prime un filet de bave séché au coin des lèvres. J'adore ! Je crois que si j'aime tant la plage, c'est en partie pour ça : la sieste à plus de 30°C et ses sensations uniques.
Pour rentrer, nous profitons du passage d'un des bus gratuits pour les travailleurs (le système n'a pas que des inconvénients non plus), qui est beaucoup plus confortable qu'à l'aller et nous nous retrouvons très vite à Cienfuegos. Nous allons boire l'apéro dans un bar autour du parc et rentrons prendre une douche avant le dîner (langouste … miam miam).
TRINIDAD
Matinée remballage de sacs, règlement de note et zou à la station de bus. Trinidad n'est pas loin de Cienfuegos, une heure de bus et nous sommes rendus. Le paysage sur la route était vraiment sympathique, alternance de campagnes hérissées de palmiers royaux et de plages. Notre logeur, Pablo, nous attend à l'arrivée. Malheureusement, il faut encore attendre nos bagages, qui ont été embarqués dans le bus suivant, qui arrive un quart d'heure plus tard. Comme rester au soleil n'est pas possible tellement ça cogne, nous en profitons pour faire la réservation pour notre voyage de retour à La Havane, dans 4 jours. Eh, pas con !
Les sacs-à-dos récupérés, Pablo nous conduit dans la casa, qui est en fait chez sa mère. Lui s'occupe d'une autre casa, où il vit avec son épouse. Nous avalons notre jus de fruit de bienvenue, décidons du menu pour le dîner et sortons profiter du beau temps et de la ville. Nous nous débarrassons en premier lieu de l'organisation de la journée du lendemain (excursion à Topes de Collantes) et flânons dans les rues.
Trinidad est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco (mais, en fait, qu'est ce qui ne l'est pas ?!?). Ses rues pavées, ses demeures magnifiquement restaurées, ses églises imposantes et ses cours fraîches lui confèrent une atmosphère coloniale particulière. Comme il est près de l'agence de voyage, nous commençons notre balade par le Parque Cespedes, qui n'est pas particulièrement remarquable, mais qui est paisible. Ensuite, nous nous laissons faire par les rues de la ville, qui mènent toutes à la Plaza Mayor.
La place est occupée par la Iglesia Parroquial de la Santisima Trinidad et entourée d'anciennes maisons, très imposantes, qui ont été transformées en musées (d'archéologie, d'architecture, de la lutte contre les bandits – comprenez contrerévolutionnaires – , de collections de meubles et d'objets anciens) ou en galeries d'art.
Dans beaucoup de rues, les maisons coloniales sont très grandes, en bon état et joliment décorées. Dans la plupart, des chambres sont à louer aux touristes, qui viennent nombreux depuis la nomination par l'Unesco en 1988. Les rabatteurs sont de la partie un peu partout dans la ville mais l'absence de voitures dans tout le quartier historique et le décor particulièrement bien entretenu font que la ville reste très agréable.
La maman de Pablo, une dame charmante d'une certain âge, est aux petits soins avec nous. Nous prenons l'apéro sous la tonnelle du mini patio de la maison tout en jouant au Yam (je me prends pilée sur pilée, ce jeu est vraiment nul !). La soirée est très sage y compris d'un point de vue alimentaire. Comme il y a un menu, nous sommes revenus à des quantités de nourriture raisonnables, ce qui ne fait pas de mal.
TOPES DE COLLANTES
Nous sommes une petite vingtaine à participer à l'excursion de Topes de Collantes. Cette ville était tout d'abord une station thermale où un énorme sanatorium assez lugubre avait été construit à la période de Batista. Se trouvant au cœur de la Sierra de l'Escambray, la ville a donné son nom à un parc naturel qui s'étend sur 200 km². Nous venons y faire une randonnée. Les 20 km qui la séparent de Trinidad, parcourus en camion russe, sont juste sublimes !
Avant d'attaquer la marche, nous faisons un cour arrêt à la Casa Museo del Cafe. Cet endroit rappelle l'histoire du café, cultivé sur ces montagnes depuis plus de deux siècles et au passage on nous offre une tasse de la variété locale (appelée Montagne de Cristal).
Encore quelques minutes de camion et nous voilà au début du sentier du Salto del Caburni, menant à une cascade de 62 m de haut qui descend jusqu'à des bassins d'eau fraîche où l'on peut se baigner, avant de plonger dans un gouffre. La pente est assez abrupte et devient glissante à l'abord de la cascade. Sur les 2,5 km du chemin aller, le guide fait plusieurs pauses pour nous parler de l'hibiscus, de la sauge, du palmier royal, du café, de la guarana.
Arrivés à la cascade, la plupart d'entre nous se baignent. L'eau est très fraîche. Moi, je les regarde faire et fais quelques photos de mon homme, tout en m'inquiétant pour la remontée. Le guide nous annonce une heure de temps pour la faire. Nous prenons les devants, histoire de ne pas nous coller la pression. En fait, cela se fait bien et 45 mn plus tard, nous sommes en haut. En chemin, je me fais attaquer lors d'un arrêt pipi par un insecte inconnu au niveau de la tempe. Ça me brûle et me lance. Ludo ne voit rien. Pour oublier la douleur et nous féliciter de l'avoir bien montée, nous goûtons les mojitos de la paillote qui se trouve là en attendant le reste du groupe, nous n'avons pas le choix, le guide nous a dit que c'était les meilleurs et les moins chers de l'île … et il a raison. Nous papotons avec un groupe de 4 Françaises (âges de 45 à 60 ans) qui sont en vacances entre copines.
Une fois tout le monde arrivé et désaltéré, nous partons déjeuner, dans un resto en plein courant d'air où nous nous caillons à moitié. Nous ne restons pas très longtemps et c'est tant mieux. Nous continuons à discuter avec nos nouvelles copines à table. Sur le chemin du retour, nous faisons une dernière halte en haut d'une colline, à un point de vue sur Trinidad pour une séance photos. Je n'ai même plus la force de monter les escaliers jusqu'en haut et m'assieds sur un banc en attendant mon inépuisable cher et tendre.
A peine arrivés à la maison, je m'étends un moment et m'endors instantanément. Je me réveille, un peu la gueule enfarinée, à 19H30. Juste le temps de reprendre mes esprits et il est l'heure de dîner. Je n'ai pas très faim, mais me force à finir ma langouste (c'est pas possible, on peut pas gâcher ça). On bricole 3 trucs, Ludo sur son carnet, moi sur l'ordi, et nous allons à la recherche d'une animation musicale dans la ville. Juste au-dessus de l'église, un groupe joue en plein air. Nous nous posons sur les marches et les écoutons une petite heure.
BAIN FORCE
Journée plage au programme. C'est la Playa d'Ancon qui est notre point de chute. Pour cela, il faut prendre un bus à 11H, qui passe devant l'agence Cubanacan. Nous sommes au rendez-vous. En fait de bus, c'est un petit train dans lequel il faut qu'on monte. Comment ces engins parviennent-ils à transformer instantanément des personnes honorables en touristes ridicules ? Nous n'avons pas le choix et nous soumettons. Le temps est un peu gris et nous avons même droit à quelques gouttes dans un village sur notre trajet, mais nous sommes optimistes et restons concentrés sur le ciel bleu qui surplombe Ancon.
Malheureusement, le temps que nous arrivions (1H) les nuages ont envahi le grand bleu et virent même sérieusement au gris. Le train repart tout de suite, le suivant est dans deux heures. Nous ne voulons pas prendre le risque de prendre une saucée sur la plage et repartons immédiatement. Tant pis, nous aurons longé la cote, traversé quelques villages, ce n'était pas un voyage tout à fait inutile.
Allez, c'est reparti. Nous n'avons pas à attendre longtemps avant que la pluie nous prenne d'assaut et que nous nous retrouvions trempés jusqu'aux os. Nous n'osons pas imaginer ce que les orages de la saison des pluies donnent ! Au cas où il nous resterait quelques centimètres carrés secs, les camions et voitures qui nous croisent se chargent de nous éclabousser de l'eau boueuse qui inonde la route. Quand nous arrivons à Trinidad, les rues se sont transformées en torrents, dans lesquels nous sommes contraints de nous aventurer pour aller nous sécher et nous mettre à l'abri à la maison.
Bon, ben, je me mets à la lecture. Le Comte de Monte Cristo me tiendra compagnie le reste de la journée, Ludo, lui, a choisi Dexter pour l'occuper.
SACREE HABANA VIEJA
Nous prenons le chemin du retour (eh oui, déjà !) en direction de La Havane. Nous y arrivons en début d'après-midi et filons chez Élisabeth Nous discutons avec elle un moment de ce que nous avons fait et vu pendant nos 15 jours de baroude. Après ça, elle nous envoie dans un autre appartement, à quelques pas du sien. L'appart est immense, avec un patio et une hauteur de plafond invraisemblable dans les pièces. La sensation d'espace est très plaisante. On ne reste pas enfermés pour autant et profitons de nos dernières heures dans la capitale.
Nous retournons dans la vieille Havane, où nous découvrons de nouvelles rues et places. Nous allons faire nos adieux aux tapas et au mojito du bar sur la Place de la Cathédrale. Nous nous promenons encore un peu et allons dans un endroit dont les Français avec qui nous avons le trajet Las Terrazas – Jaguey Grande nous ont parlé. Il s'agit d'un bar-restaurant sur la Plaza Vieja, qui brasse sa propre bière. En tant que bons Alsaciens, on leur fait confiance quant à la qualité de la bière. D'ailleurs, ils ne sont pas les seuls à apprécier, il y a la queue. Une fois installés, nous ne quittons plus notre place, y prenons l'apéro et le dîner.
CUBANA OTRA VEZ
Le vol La Havane – Cancun est moins flippant qu'à l'aller … pas de fumée ce coup-ci. A l'aéroport de Cancun, nous achetons notre billet de bus pour aller au centre et du même coup celui pour partir directement à Chetumal, où nous passerons la nuit avant de prendre un nouveau bus le lendemain matin pour Flores au Guatemala. Nous avons effectivement décidé de ne pas nous arrêter au Belize. D'abord parce que nous avons suffisamment profité de la plage à Cuba, en tout cas pour l'instant, et ensuite pour réduire nos dépenses, le budget nécessaire pour le Belize étant plus élevé que chez ses voisins hispanophones.
Nous passons donc la journée dans les transports, pour arriver à Chetumal à la nuit. Nous n'en verrons donc rien, si ce n'est le motel dans lequel on passe la nuit et la gare routière où nous devons être le lendemain à 6H du mat, pour acheter les billets pour le bus qui part à Flores à 7H.
L'enchaînement rapide des choses ne nous laisse pas le temps de nous rendre compte que Cuba c'est fini ni de nous laisser aller à une quelconque mélancolie. Pourtant, nous y avons passé des moments vraiment chouettes, que nous ont offerts les paysages incroyables et les gens débordant de gentillesse malgré leur situation des plus complexes.
Ludo et Claire autour de la Terre















