AMBIANCE APOCALYPTIQUE
Et ils périront par le feu ….
Eh, déconnez pas, on vient juste d'arriver, nous, on y est pour rien dans l'histoire !
C'est dans une drôle d'atmosphère que nous atterrissons mardi soir : Moscou est sous une chape de fumée provenant des incendies qui sévissent dans le Sud. Non seulement on n'y voit pas à 150 m, mais il y fait une chaleur à crever.
Les formalités douanières sont longues, inorganisées et fastidieuses. Nous prenons notre mal en patience et dégoulinons sans broncher.
Heureusement, malgré le retard que nous avons pris, le chauffeur qui doit nous conduire à l'appartement et accessoirement nous en remettre les clés, nous a attendus. Après une heure de gymkhanas parfois à 130 km/h sur les 4 voies (il n'y a pas de route plus petite, y compris en centre ville), nous sommes rendus, sains et saufs. Nous passons un moment sur le balcon, à la recherche d'un peu d'air, mais surtout pour profiter de la vue, qui malgré le voile de fumée, nous paraît assez grandiose.
Nous avons la chance, dans ce quartier résidentiel, d'avoir un café restaurant à quelques pas de la maison. Nous y allons nous rafraîchir, engloutissant les biscuits apéritifs locaux (crème aux lardons, croutons de pain brun aillés et rissolés, cahuètes…) qui constitueront notre repas pour cause de cuisine fermée.

LE QUARTIER HISTORIQUE
Après une nuit dans la fournaise, nous inspectons l'évolution de la situation : il n'y a pas vraiment de changement. L'air est toujours chargé de fumée, mais pas au point de nous piquer les yeux ni de gêner la respiration. Nous filons donc pour une journée de balade dans le quartier historique. Nous partons à pied de la maison avec pour objectif la Cathédrale Saint Basile le Bienheureux, la Place rouge et le Kremlin. Le trajet jusque là ne présente pas d'intérêt, l'architecture est décousue et assez austère. Mais très vite la Cathédrale est là et égaille notre journée de ses bulbes colorés. Emblème s'il en est de la ville de Moscou, cette église qui se trouve à l'entrée de la Place Rouge contraste assez radicalement avec la structure lourde des bâtiments qu'elle jouxte.
En comparaison, le Goum (centre commercial haut de gamme), le mausolée de Lénine (que nous visiterons par erreur, pensant entrer dans le Kremlin), les murs d'enceinte du Kremlin, le musée national d'histoire sont majestueux mais manquent de peps ! Vous me direz que vous ne vous êtes jamais attendus à ce que l'architecture russe fasse preuve d'une fantaisie folle ! Bon, OK. Mais c'est aussi en cela que la Cathédrale de ce cher Basile est surprenante et réjouissante.
Les cathédrales situées à l'intérieur du Kremlin sont elles aussi très belles. Même si elles sont un peu plus imposantes que celles de St Basile et dans un style plus « classique », leurs bulbes scintillants et leurs portes décorées leur donnent un charme fou. En revanche les bâtiments officiels sont écrasants et ne présentent pas d'intérêt particulier.
Nous finissons notre visite du jour par la bibliothèque nationale de Russie, Bibliothèque Lénine, à deux pas du Kremlin. Malheureusement, nous ne réussirons pas à aller plus loin que le hall d'entrée, un pass étant nécessaire pour rentrer dans la bibliothèque proprement dite. Il y a bien un gardien qui nous demande en russe ce qu'on cherche (c'est tout du moins comme ça que nous avons interprété ses paroles) mais qui se détourne de nous dès que nous lui répondons en anglais.
DO YOU SPEAK ENGLISH ?
Il est effectivement difficile de communiquer avec la population locale, quel que soit l'âge des individus. La langue de Shakespeare leur est totalement étrangère et nous essuyons quelques rebuffades quand nous demandons de l'aide. Le Russe est rude et rustre (à répéter dix fois d'affilée). N'ayant de notre côté que deux mots de russe à notre actif (en l'occurence Spassiba = merci et Da svidania = au revoir) et ne comprenant rien au cyrillique, certaines recherches, même basiques, deviennent difficiles : trouver un supermarché nous a pris quelques heures. Les numéros n'étant quasiment pas indiqués dans les rues, nous faisons chou blanc deux fois en quête de restos chaudement recommandés dans les guides, ce qui nous conduira, après avoir tourné très longuement dans un quartier (je vous rappelle qu'à 21H il fait encore 35° !), à finir par manger des sushis, la mort dans l'âme !!

LE METRO
Heureusement, pour se déplacer d'un point à un autre, le métro est très pratique (même si le premier soir je n'y comprenais pas grand chose et ai failli me faire enguirlander par Ludo m'accusant de vouloir que les choses soient organisées selon ma logique plutôt que m'adapter à de nouveaux systèmes … ). Parcourir la ville en métro présente plusieurs avantages : pratique donc, rapide, bon marché (pas comme à Londres !), spacieux mais aussi très beau. Après un long plongeon sous terre sur des escalators vertigineux, certaines stations font effectivement office de mini musées, avec sculptures, luminaires, architecture dans un style tout à fait somptueux. Nous aurons la joie de découvrir certaines de ces stations (il y en a une dizaine dans cette configuration un peu exceptionnelle) au hasard de nos parcours.
BALADES ECOURTEES
Même si en début de séjour la fumée ne paraissait gênante outre mesure, les choses se sont progressivement dégradées pour devenir difficilement tenables à partir du vendredi matin.

Nous avons eu la possibilité de profiter encore pleinement de la ville le jeudi. Nous sommes allés au marché Rijski, au nord de Moscou, qui était sur notre chemin pour aller à l'agence chercher nos billets pour le Transsibérien. Une fois les contingences administratives réglées, nous nous sommes rendus au Parc des Sculptures, qui au départ abritait les statues soviétiques (Staline, Lénine, Brejnev …) auxquelles se sont ajoutées après la disparition de l'URSS des oeuvres contemporaines. Le résultat est assez étonnant. Nous n'avons eu qu'à traverser la route pour continuer sur le parc Gorki. Officiellement appelé Parc de la Culture, nous nous attendions à autre chose qu'un énorme parc d'attractions. L'environnement n'est pas désagréable, le parc longe la Moskova sur près de 3 km, que nous parcourrons à la recherche de l'embarcadère où nous avions projeté de prendre le bateau … nous rentrerons en métro !!
Je faisais la maline le vendredi matin en disant que la fumée ne nous arrêterait pas (cf. video appartement moscou dans la galerie), mais après avoir fait le transfert de nos affaires de l'appartement (que nous avions loué jusqu'au vendredi parce qu'au départ on devait prendre le Transsibérien le 6 au soir, mais que cela avait changé en cours de réservation) jusqu'à un hôtel dans le quartier de l'Arbat, je rigolais moins. D'autant moins que je m'étais trompée de station de métro et que nous avons marché plus que nécessaire avec tout notre barda sur le dos (je sais, il a du mérite !!). Une fois les sacs posés, nous avons fait le tour du quartier, marqué par une rue piétonne (la rue Arbat), rue touristique longue d'un peu plus d'un kilomètre, réunissant quantité de restos et cafés, magasins de souvenirs, mais aussi artistes (chanteurs, peintres, portraitistes) un peu dans le style de Montmartre le charme du quartier en moins.

Nous avons ensuite marché jusqu'à la Cathédrale du Christ Sauveur, et à partir de là, j'ai déclaré forfait. Ampoule au pied, anéantie par la chaleur et la fumée, nous nous sommes réfugiés dans un café avec Wifi gratuit, où nous avons béni l'inventeur de l'acclim, ovationné le créateur du Lipton Ice Tea Lemon, applaudi le gouvernement russe et l'absence de loi interdisant la cigarette dans les lieux publics … le bonheur. Nous en avons aussi profité pour nous pencher sur le programme de notre séjour au Lac Baïkal et avons pris quelques contacts pour aller sur l'île d'Olkhon (à vos atlas les amis).
Le soir, nous sommes allés nous réconforter dans un des restos de la chaîne populaire Iolki-Palki, célèbre pour ses buffets à volonté. Nous avons enfin eu droit à de la cuisine traditionnelle russe de qualité et à notre goût. J'avais eu assez peu de chance dans le resto à côté de l'appart où nous étions retournés un soir, et où après poisson séché (dont le goût ne te quitte qu'après ton 2ème litre de bière !), poche d'oeufs de poisson cuite, présomptueusement appelée caviar, provoquant des hauts le coeur irrépressibles, j'avais fini par des carpes, le poisson le plus épineux qui doit exister, et où tu craches des kilos d'arêtes toutes les deux secondes !
Le samedi, nous avions décidé d'aller à la Galerie Tretiakov (collection d'icônes russes et fonds d'oeuvres prérévolutionnaires), histoire de respirer de l'air pur et prendre quelques forces avant d'aller se promener autour de l'Etang des Patriarches (c'est là où apparaît le diable dans Le Maître et Marguerite de Boulgakov – dont la maison n'est pas loin d'ailleurs). Mais après la Galerie, le courage nous a manqué de nous traîner jusqu'à l'Etang, où nous n'aurions pas pu profiter de grand chose, étant donné le champ de vision très très réduit. Nous sommes alors retournés au Café où nous étions la veille, un peu dégoûtés, avant de prendre le chemin de la gare pour prendre le Transsibérien. Les conditions moscovites n'étant plus optimales, nous étions contents de prendre la route vers de vertes contrées.
Ludo et Claire autour de la Terre

